Les Etats-Unis et Israël sont très inquiets du programme nucléaire de l’Iran. Il y a 10 jours l’ambassadeur américain en Israël, Richard H. Jones, a écrit une lettre au ministre des Finances, Rony Baron, et en a envoyé une copie au Premier ministre, Ehoud Olmert et à deux de ses ministres.
Dans sa lettre, Jones accuse Israël de commercer secrètement avec l’Iran et de faire entrer dans le pays des devises étrangères, ce en violation directe avec la loi israélienne interdisant le commerce avec les Etats ennemis.
La dispute porte sur ce pour quoi l’Iran est à peine moins célèbre que pour son programme nucléaire : les pistaches. Le gouvernement américain a accusé Israël d’acheter des pistaches iraniennes sous couvert de commerce avec la Turquie et en dépit de l’opposition américaine.
L’ambassadeur américain révèle dans son courrier d’autres faits étonnants : Israël est le plus grand consommateur de pistache par personne. « Je vous écris pour attirer votre attention sur la troublante question de l’importation illégale de pistaches d’Iran en Israël », a expliqué Jones.
Grand consommateur de pistaches, Israël est donc un marché important, estimé à 20 millions de dollars, pour les pays producteurs de pistaches. Les deux plus grand importateurs de pistaches sont les Etats-Unis et l’Iran ; seuls les USA ont accès au marché israélien dans le cadre de l’accord de libre échange, alors que l’Iran est hors jeu puisque la loi interdit de commercer avec les pays ennemis.
« Les preuves suggèrent que la majorité, sinon la totalité, des pistaches entrant en Israël sont d’origine iranienne », écrit Jones. Malgré les liens proches entre Israël et les USA, les producteurs américains détiennent seulement 5 % du marché.
Selon Jones, bien que la question ait été posée au gouvernement israélien, rien n’a encore été fait. De son côté, Israël assure que ses pistaches viennent de Turquie.
Le département d’agriculture américain s’est penché sur la production et l’exportation de pistaches de la Turquie et en a conclu que la majorité des pistaches turques étaient consommées sur place, en Turquie. Le peu qu’il reste est exporté vers les Etats-Unis et l’Europe. Malgré ces faits, Israël maintient que les pistaches consommées sur son territoire proviennent de Turquie.
L’ambassadeur Jones a prié le ministre Baron d’agir et a offert son aide dans l’application de plusieurs idées, y compris celle d’entraîner les douaniers israéliens à identifier les pistaches iraniennes.
La question a une signification primordiale en cette période d’Euro 2008, où, assis devant leurs télévisions, des milliers d’israéliens regardent le foot, mangent un nombre incalculable de pistaches et soutiennent ainsi involontairement l’ennemi iranien.
Chaque pistache rapproche l’Iran du succès nucléaire et bien que l’ambassadeur américain en ait fait porter la responsabilité au gouvernement israélien, la crise de la pistache doit pousser le consommateur israélien à être plus strict dans ses habitudes alimentaires.