Le vote du budget de l'Etat donne lieu chaque année à de dures négociations entre partis politiques, souvent accompagnées de menaces d'un vote négatif qui signerait la fin du gouvernement en place. Cette année, l'enjeu est encore plus délicat, car la perspective des Primaires de Kadima est l'occasion de surenchères et des exigences souvent mus davantage par calculs politiciens que par un sens des responsabilités face à l'économie du pays.
En ce moment, même le timing de la présentation du Budget au gouvernement est l'objet de désaccords, les Travaillistes, Shass. les Retraités mais aussi Shaoul Mofaz et Avi Dichter se prononçant pour un report du vote après les Primaires, le Premier ministre, le ministre des Finances et la majorité de Kadima tenant à tous prix à faire passer le budget encore avant le changement de direction à Kadima. L'argument principal invoqué est de vouloir que le futur chef de Kadima, qui sera chargé de former un nouveau gouvernement, ne soit pas soumis au chantage financier de chaque formation politiques susceptible d'entrer dans une nouvelle coalition.
Le Premier ministre a lancé un message très clair à l'intention des Travaillistes chez qui souffle en ce moment un vent de fronde: "Il est impératif de ne pas lier le vote du Budget aux tractations politiques qui vont s'engager après le mois de septembre". Après une réunion ce mercredi matin avec Roni Bar-On et les responsables du Trésor, Ehoud Olmert a a rappelé son exigence de "voter le Budget tant qu'il est encore en fonction" et demandé à tous de "faire preuve d'un sens des responsabilités nationales".
Les Travaillistes sont dans une position assez délicate concernant cette question. En effet, le Ministre des Finances, Roni Bar-On, a présenté aux membres du gouvernement deux options de Budget, l'un proposant des coupes sombres dans le Budget de la Défense, l'autre dans les crédits sociaux. Or le ministre de la Défense comme celui des Affaires Sociales appartiennent au Parti travailliste et sont très réticents pour ne pas dire franchement opposés aux perspectives d'économies dans ces deux domaines si cruciaux. En début de semaine, le nouveau président travailliste de la Commission parlementaire des Finances, Avishaï Braverman, avait lancé le pavé dans la mare en déclarant "qu'il était possible d'augmenter le Budget de 2,5%, par rapport aux 1,7% prévus par le Trésor, et en contrepartie, ralentir le rythme du remboursement de la dette de l'Etat". Ehoud Barak, tout comme Itsh'ak Herzog, les deux ministres directement concernés, renchérissaient ensuite condamnant l'attitude du ministre des Finances qui "opposait la Défense aux Affaires Sociales". Mais au ministère des Finances, on indiquait que "rien ne ferait fléchir les responsables du Trésor" et que "l'intérêt du pays exigeait de rester dans les limites du budget qui ont été fixées et de ne pas se laisser aller à des considérations politiques et partisanes".
Le ton est monté ce derniers jours entre Ehoud Barak et le Premier ministre, ainsi qu'entre des responsables des deux formations, et il a fallu l'intervention du ministre Shalom Simh'on (Avoda), intime des deux hommes, pour faire redescendre le niveau des flammes et éviter une crise politique. Des rumeurs ont même fait état d'un accord de compromis d'Olmert sur une augmentation de 0,5% du Budget, pour faire un pas en direction des Travaillistes, ce que l'entourage du Premier ministre a catégoriquement démenti.
Mais malgré les déclarations de fermeté faites par le Premier ministre et celui des Finances, il se pourrait bien qu'en coulisses des tractations permettent de rapprocher les positions, tant Ehoud Olmert et la majorité de Kadima ont intérêt à régler la question budgétaire avant le grand marchandage du mois d'octobre.