
S'il ne fait aucun doute qu'Ehoud Olmert est en train d'achever sa carrière politique et que son départ n'est qu'une question de temps, il semble que "l'autre Ehoud" risque de suivre le même chemin que lui vers la "descente aux enfers".
Le come-back politique de l'ancien Premier ministre reconverti entre temps dans les affaires, s'était fait au forceps lors de Primaires travaillistes très disputées. Mais depuis sa réélection à la tête du Parti Avoda, l'image du "Barak nouveau" n'a jamais réellement réussi effacer celle de "l'ancien", que ses détracteurs au sein de son propre parti désignaient comme "solitaire, autocrate, intriguant et imprévisible". Toutes les démarches politiques qu'il a entreprises depuis son élection à la tête des Travaillistes ne semblent pas avoir eu d'effet bénéfique sur l'opinion publique - bien au contraire - et on a l'impression que le ministre de la Défense essaie maintenant de tester de nouvelles stratégies pour freiner et inverser ce mouvement inexorable vers le bas. C'est ainsi par exemple que le Barak, a qui l'on reprochait pendant des mois son silence de sphinx, est devenu soudainement loquace et intervient sur tous les médias. Mais n'est-il pas trop tard?
Même si en politique tout est dans le domaine du possible, les inimitiés qu'il s'est créés parmi les cadres du Parti, et les craintes qu'il suscite parmi de nombreux militants sont bien réelles. Elles ont été d'ailleurs magistralement confirmées par un sondage publié aujourd'hui, qui attribue 12 à 13 sièges aux Travaillistes en cas d'élections, quel que soit la personne qui se trouve à la tête de Kadima. Pour la première fois de son histoire, les Travaillistes se retrouveraient ainsi relégués comme 3e Parti du paysage politique, voire même 4e ou 5e, car avec 12 mandats, il se pourrait qu'Israël Beiteinou ou Shass fassent jeu égal ou même les coiffent sur le poteau. Barak est apparemment accepté par l'opinion publique comme ministre de la Défense, mais largement rejeté comme possible prochain Premier ministre.
Les choses vont tellement mal que son entourage commence à diffuser la théorie d'un "complot destiné à abattre le chef du Parti et futur candidat au poste de Premier ministre". Il est vrai que les dernières révélations médiatisées sur la société créée par Nili Priel, épouse du ministre de la Défense, arrivent à point nommé pour certains milieux politiques, face à la tentative avouée de Barak de faire "table rase sur le passé" et de se présenter comme "fondateur de nouvelles normes éthiques dans la vie politique israélienne". Quelques jours à peine après que le dossiers des "sociétés fictives" ait été fermé, voilà Ehoud Barak une nouvelle fois au centre d'une intrigue bien relayée par les médias.
Pour ses proches, "il est évident que certaines personnes se sont fixées comme mission de le détruire politiquement", en évoquant précisément ces jours-ci des liens occultes présumés entre lui, la société gérée par sa femme, et des milieux d'affaires. L'inquiétude et la colère sont d'autant plus grandes que l'on ne sait pas comment des documents aussi sensibles et secrets sont arrivés aux mains des médias, et en même temps.
Dans la camp de Kadima, et surtout dans l'entourage du Premier ministre, même si l'on dément officiellement toute implication dans ce déballage médiatique, on se délecte tout de même des déboires du ministre de la Défense: "Celui qui vit dans une tour en verre ne doit pas lancer des pierres contre les murs! Barak a destitué un Premier ministre pour des broutilles, le voilà maintenant face à la même situation. Que croyait-il?!"
Malgré les dénégations, cette nouvelle attaque contre le ministre de la Défense ne peut être déconnectée des menaces proférées par un proche conseiller du Premier ministre au lendemain de son ultimatum à Ehoud Olmert. Les hautes personnalités politiques ont assez de réseaux et d'hommes de main pour pouvoir nuire à leurs concurrents ou fomenter de "douces vengeances" au moment opportun sans se salir eux-mêmes les mains.
Pour le moment , au Parti Travailliste, on fait front et on affirme "ne pas vouloir une nouvelle fois se lancer dans des Primaires meurtrières", mais au fur et à mesure que le temps passe...et que les élections approchent, le même scénario que Kadima risque de se passer chez les Travaillistes: vouloir se débarrasser d'un "poids" qui met en danger toute l'embarcation. Il n'y a pas de sentiments en politique. Barak ne manque pas d'ennemis au sein de son propre Parti, et Kadima de son côté ne lui pardonnera pas d'avoir poussé son chef vers la sortie.
Finalement, Ehoud Barak retrouvera peut-être plus vite que prévu...le monde des "Affaires", et réussira peut-être mieux en tant que Directeur-général qu'en tant que Général-directeur!