Est-ce le fruit d'une stratégie militaire bien ficelée ou les premiers signes de panique et de découragement, toujours est-il qu'à trois semaines des Primaires, le candidat Mofaz fait feu de tous bois sur sa rivale principale dans la course à l'investiture de Kadima, Tsipi Livni. Il n'y a presque pas de jour où le ministre des Transports lui-même, ou son équipe de campagne ne décochent leurs flèches sur celle qui caracole en ce moment en tête des sondages dans Kadima.
Le vote au forceps du Budget 2009 hier, a également été l'occasion pour les deux candidats de se démarquer. Mofaz a été le seul ministre de Kadima a voter contre le Budget, et Livni a voté en faveur, "pour ne pas mêler le Budget aux luttes politiciennes". Pour les proches de Mofaz, "il est clair que celui qui formera un nouveau gouvernement aura à définir une nouvelle politique donc un nouveau budget. Alors à quoi bon voter le budget maintenant et être gêné par toutes sortes de promesses de dernière minute!" Mais les partisans du ministre des Transports ont surtout voulu mettre en exergue ce qu'ils reprochent le plus à Tsipi Livni: son manque d'envergure politique et de capacité de décision. Dès la fin du Conseil des ministres, qui aura duré plus de 15 heures, des proches de Shaoul Mofaz ont déclaré aux journalistes: "Tsipi Livni a dit à plusieurs reprises que ce Budget était mauvais et qu'il fallait le modifier. Mais une fois de plus, elle n'a pas été capable d'aller jusqu'au bout de ses idées et de prendre une décision. Elle s'est à nouveau alignée et n'a pas su résister aux pressions". Ce trait de caractère que d'aucuns reprochent à la ministre des Affaires Etrangères s'était déjà exprimé après les conclusions partielles de la Commission Winograd. Livni avait alors rencontré Ehoud Olmert en tête à tête pour lui demander de démissionner, elle avait dans la foulée convoqué un point de presse pour "officialiser" sa demande, et puis...plus rien. C'est sur ces points qu'insistent les stratèges de Mofaz pour convaincre les militants de Kadima que Livni "n'est pas faite pour être Premier ministre". A l'inverse, dans le camp de la ministre des Affaires Etrangères, on explique "que c'est tout à l'honneur de la candidate d'avoir voulu extraire le Budget du débat politicien, montrant ainsi sons sens des responsabilités nationales. Les Primaires de Kadima, aussi importantes soient-elles ne doivent pas paralyser l'économie israélienne!"
Les stratégies des deux candidats principaux sont donc toutes différentes. Mofaz, en militaire aguerri, préfère l'offensive frontale et massive; Livni, cheffe de la diplomatie, préfère quant à elle les coulisses et les rencontres secrètes, comme celle qu'elle a tenue hier avec Meïr Shetrit.
En cas de deuxième tour, ce dernier pourrait se rallier à la ministre, et lui apporter des soutiens "sur le terrain" qui manquent cruellement à Livni, et dans lequel le ministre de l'Intérieur est en assez bonne posture. Et même sans aller jusqu'au deuxième tour, certains proches de Shetrit affirment en coulisses "qu'il n'ira pas avec la tête dans le mur, et si les sondages restent très bas, il pourrait monnayer son abandon de la course en faveur de l'un des deux candidats"
La lutte au sommet promet encore quelques surprises et rebondissements.