Le Premier Ministre se dirige peut-être vers la sortie, mais il ne rate pas une occasion d’adresser au public des déclarations superflues. La semaine dernière, au cours d’une visite au poste de commandement de l’arrière front, il a annoncé à la population d'Israël que lors de la prochaine guerre, les grandes villes seront les cibles d'attaques de missiles. Ce n'est pas un décret divin, mais si le gouvernement ne fait rien pour éviter ce sérieux danger aux citoyens israéliens, sa prédiction se confirmera probablement. Mais qu’a fait le gouvernement pour empêcher ce danger?
Il y a soixante ans, au cours de la Guerre d'Indépendance, la jeune Armée de l'Air israélienne ne contrôlait pas les cieux d'Israël et sa population civile fut atteinte par de nombreuses attaques aériennes. David Ben-Gourion avait compris que si la population civile est exposée à des attaques aériennes, cela constitue un danger pour l’existence même d’Israël. Compte tenu de cela, en 1956, il ne fut pas prêt à ouvrir la guerre du Sinaï tant qu’il n’eut pas l’assurance que l’aviation française contrôlerait les cieux d'Israël et assurerait la protection des civils israéliens pendant que les soldats se battraient sur le front. Durant les 25 années qui suivirent, l'Armée de l'Air israélienne fut en mesure d’assumer ce rôle, permettant ainsi à Tsahal de repousser nos ennemis, en sachant que la sécurité de leurs familles à l’arrière, était assurée.
La situation changea lorsque les terroristes palestiniens commencèrent à lancer des roquettes sur le Nord d'Israël, à partir du Sud Liban. Menahem Begin comprit qu’il était impensable de tolérer une telle situation, et en 1982, il lança l’opération de «la Paix en Galilée» grâce à laquelle la frontière nord fut écartée de la portée des missiles ennemis. Le retrait partiel de la zone de sécurité du Liban, qui fut décidé quelques années plus tard par le gouvernement d’union dirigé alors par Shimon Pérès, ramena le Nord d'Israël à portée des roquettes lancées cette fois par le Hezbollah à partir du Sud Liban. Par la suite, le retrait unilatéral décidé par Ehoud Barak exposa l’ensemble du Nord d'Israël aux tirs de roquettes et offrit au Hezbollah le loisir d’accumuler de grandes quantités d’armes et entre autres, des roquettes à plus longue portée qui finirent par être lancées contre Israël au cours de la Deuxième Guerre Liban.
L'absence d'une offensive terrestre dont le but aurait été de mettre un terme aux offensives visant la population civile dans cette guerre, fut justifiée par les décisionnaires par une nouvelle conception qui a pris racine en Israël. Pour confirmer cette conception, Olmert déclara que le fait qu’il y a des victimes civiles fait désormais partie intégrante de la vie en Israël. Ceux qui appuient cette étrange et dangereuse conception, la justifient en disant que l’ère des missiles balistiques a donné le jour à une nouvelle situation dans laquelle on ne peut faire autrement que d’avoir des victimes civiles sur l’arrière front. Le fait que le gouvernement se montre incapable de mettre fin aux tirs de roquettes sur Sderot et Ashkelon ne fait que contribuer à l’enracinement de cette dangereuse conception chez un bon nombre de gens.
En réalité, les missiles balistiques ne sont pas un fait nouveau. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, des roquettes allemandes de type V-2 furent lancées sur Londres. Les missiles balistiques sont le moyen le moins cher et le plus efficace d’expédier des explosifs à distance et donc, le choix des ennemis d’Israël est compréhensif. Mais ce danger n'est pas inévitable et le développement et le déploiement de systèmes visant à intercepter ces missiles en plein vol, ne sont pas les réponses les plus efficaces. Il faut empêcher l'ennemi de se procurer ces armes et si cela échoue, il faut éliminer les roquettes à courte portée comme les Kassams, par des opérations terrestres.
La population civile est confrontée à un danger semblable à celui de l’époque de la deuxième Intifada avec les ‘terroristes kamikazes’ Tsahal avait riposté par des opérations énergiques pour éliminer cette menace. Si les attentats-suicide contre les villes d’Israël avaient continué jusqu’à présent, Israël aurait été aujourd’hui dans une toute autre situation stratégique.
En ce qui concerne la menace de missiles contre la population civile, ces dernières années, les gouvernements d’Israël n'ont rien fait pour atténuer cette menace et ils ont agi comme si ces attaques contre la population civile étaient devenues une espèce de routine ("Ils s’y sont habitués" a dit Olmert aux habitants d'Ashkelon), sans se rendre compte que ce danger constant a provoqué un changement majeur dans l'équilibre des forces dans la région et constitue un réel danger pour l'existence d'Israël.
Les dirigeants de l’Etat sont pleinement conscients du changement qu’il y aura dans la région au niveau de l'équilibre stratégique, si l’Iran acquiert l’arme nucléaire. Il est peu probable que l'Iran utilise l’arme nucléaire contre Israël, mais les répercussions pourraient être catastrophiques. Il est par contre quasiment sûr que des missiles balistiques conventionnels viseront la population civile israélienne et les conséquences seront épouvantables. Il faut changer la situation tant qu'il en est encore temps.
Moshé Arens, membre du Likoud, fut ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères.