De l'avis de nombreux analystes, journalistes et personnes proches du pouvoir, il règne actuellement au gouvernement et à la Knesset, une ambiance de…fin de règne précisément. Entre les Primaires de Kadima et le peu de chances de pouvoir former un nouveau gouvernement par la suite, tous les acteurs politiques ont maintenant intégré que de nouvelles élections sont à prévoir au début de l'année 2009, avec à la clé une alternance attendue par une grande partie des citoyens,
En pareil cas, deux options s'offrent à l'équipe qui est en charge des affaires de l'Etat: faire preuve de responsabilité et d'honnêté, en ne prenant pas d'engagements au nom de ceux qui prendront la suite, ou bien au contraire se lancer dans une fuite en avant donnant l'impression d'une vente de liquidation avant cession de commerce. Ceci est extrêmement grave lorsqu'il s'agit des intérêts majeurs et historiques de l'Etat d'Israël.
Aussi bien le Premier ministre lui-même que certains de ses ministres essaient actuellement de "pousser en avant" des dossiers de la plus haute importance, afin de créer des points de non retour, et comme le disait il y quelques jours Gidon Saar (Likoud) "de réduire au maximum la marge de manœuvre" de la majorité qui sortira des urnes, quand bien même serait-elle d'une couleur politique opposée à celle d'aujourd'hui. C'est exactement ce qui s'était passé à Camp David à l'été 2000, lorsqu'un Ehoud Barak en fin de mandat tentait le tout pour le tout à coup de concessions irrationnelles, pour arracher un accord à Yasser Arafat et sauver la face à Bill Clinton.
Même le Conseiller juridique du gouvernement, Meny Mazouz, peu soupçonné de dérive droitière, a émis hier mercredi un avertissement au gouvernement sur ce point. Répondant à des requêtes des députés Steinitz et Livnat (Likoud), Orlev (Ihoud Leoumi-Mafdal), du Forum Juridique pour Erets Israël et du Kibboutz Merom (Golan) il écrit: "Même si sur la plan constitutionnel et juridique ce gouvernement n'est pas encore un gouvernement de transition, ses membres doivent être très prudents dans la période qui s'ouvre quant à des initiatives politiques ou diplomatiques, et concernant les nominations à des postes politiques ou administratifs"
Mais l'on voit bien que ce n'est pas du tout la direction qui est prise. Quelques exemples: sur le volet syrien, malgré l'annulation de la prochaine rencontre des négociateurs pour des raisons techniques, on sait que Syriens et Israéliens en sont déjà au tracé des frontières entre les deux pays…et elles ne se situent pas à l'est du Golan! Le Premier ministre doit d'ailleurs effectuer un voyage à Moscou la semaine prochaine, pour demander au président Medvedev "d'user de son influence sur Bachar El-Assad afin que ce dernier accepte d'aborder le cap des négociations directes avec Israël". Une fois de plus, c'est l'interlocuteur arabe qui est venu "au secours" d'Israël, en annonçant "l'interruption des pourparlers en raison de la situation politique instable en Israël".
Sur le dossier palestinien, Olmert fait pratiquement cavalier seul, et même Tsipi Livni, qui a nettement viré à gauche, s'inquiète publiquement de l'empressement du Premier ministre à conclure ne serait-ce qu'un "accord-cadre" au prix de concessions inimaginables auparavant.
Source d'inquiétude suivante, le Premier ministre a donné le feu vert à son adjoint et ami Haïm Ramon pour déposer dès dimanche sur la table du gouvernement la fameuse loi "Pinouï-Pitsouï" qui hormis son nom pittoresque aux accents de plat chinois, signifie "soudoyer des Juifs pour qu'ils quittent de leur plein gré les villages et les communautés qu'ils ont créés en Judée-Samarie". Shass s'est toujours dite opposée à cette loi, mais comme sur tant d'autres points depuis un an, leurs menaces de "démission immédiate" resteront sans effet. Il y a un an, Olmert avait déclaré que cette loi "était bonne mais prématurée", il semble que maintenant, voyant que son mandat s'achève plus tôt que prévu, il ait décidé de la faire voter avant "qu'il ne soit trop tard" Signe infaillible, les quatre candidats à la succession d'Olmert se disent (pour le moment) opposés au débat sur cette disposition controversée.
Enfin, Ehoud Barak, sentant aussi l'automne arriver, s'est prononcé sur Al-Jazeera pour "l'abandon par Israël de quartiers arabes de Jérusalem, "afin de les inclure dans la future capitale de la Palestine". De quoi faire jubiler Zehava Gal-On et Oury Avneri!
Même si en théorie, des élections amènent une nouvelle équipe au pouvoir, les expériences passées indiquent que tout ce qui a été signé, mais aussi promis oralement, voire à peine évoqué par Israël, devient aux yeux des Arabes comme droits acquis, et le point de départ pour les revendications suivantes.
D'où la gravité de l'attitude adoptée maintenant par Ehoud Olmert et certains membres du gouvernement.
Israël n'est pas à solder.