* Un enfant soldat est un combattant âgé de moins de 15 ans selon le droit international ou de moins de 18 ans selon certaines législations nationales. Si on n"arrive pas à se mettre d'accord, déjà à ce stade, je ne vous énumérerais pas le nombre de tergiversations d'intances comme le HCR, de la Convention relative aux droits de l’enfant des NATIONS UNIES, etc ... tant qu'à l'UNICEF ?
« Comme ils sont plus jeunes, il n’en seront que plus impitoyables » (Apologie de Socrate)
* La manipulation politique de la violence juvénile:
Classe « dangereuse » dès qu'elle est musclée, les enfants ne vont pas néanmoins sans offrir aux entrepreneurs politiques quelque concours. Fragiles, sans défense ni défenseurs, ils font merveille parait-il, quand l'ambiance s'y prête, dans la fabrication des tapis pakistanais dès l'âge de quatre ans. En politique, un mélange de non-discernement relatif, d'ardente disponibilité et de déférence bien organisée, fait de l'adolescent, l'instrument idéal d'une violence publique supplétive. Sans battre en brèche le principe d'une exclusion juvénile qui les fragiliserait, les entrepreneurs politiques recourent depuis l'antiquité à l'enrôlement des jeunes. Ceux-ci sont censés alors remplir, entre autres, une fonction militaire. A court d'effectifs les états-majors les enrôlent pour compenser l'hécatombe des vétérans ou corriger le déséquilibre initial des forces. Il y aurait aujourd'hui deux cents mille « enfants-soldats » de par le monde. Parfois embrigadés comme d'ordinaires troupiers dans les unités régulières, ils sont plus à leur place dans les groupements de supplétifs. De la sorte, ils risquent moins de susciter par leur inexpérience et leur indiscipline l'agacement des professionnels. D'autre part, réguliers ou supplétifs, ces grands enfants-là, sont plutôt moins exigeants que leurs aînés. Plus prompts aux exaltations sacrificielles ou sensibles, quoi qu'ils disent, à la hiérarchie des âges, ils posent notamment moins de questions sur le bien fondé de leur immolation programmée. Leur présence au front enfin peut être exploitée par les gouvernements de guerre pour l'exaltation émotionnelle de l'arrière et, sans grande chance de succès, pour faire peser sur l'ennemi le chantage du bouclier humain. Quoi qu'il en soit, ces mobilisations d'enfants dénotent une situation stratégique compromise. On ne sache pas que l'envoi au front des « Marie-Louise », des « Pupilles de la Commune », des dernières « Jeunesse hitlérienne », ou des « bassiji » iraniens aient changé l'issue des combats. A l'inverse des violences « économiques » faites à l'enfance, les « violences d'Etat » dont celle-ci serait spécifiquement la cible, quoique rarement combattues, sont aujourd'hui sévèrement jugées par la « communauté internationale » dans la mesure où elle partage ou affecte de partager une « éthique occidentale », cependant que se poursuivent et se développent, dans des situations qu’on se plaît à croire exotiques, des enrôlements forcés de jeunes enfants dans des centres d'esclavage civil ou militaire à la manière mamelouk. Paradoxalement, si ces pratiques sont susceptibles d’indigner les parents au demeurant impuissants, ce ne sont pas celles qui induisent le plus fréquemment une révolte active des dissuadés, résignés, voire, à l'inverse, littéralement déchaînés, fanatiques sanguinaires. Mobilisables aussi, les enfants le sont, en période révolutionnaire, par des acteurs qui, pour être parfois clandestins, n'en sont pas moins de véritables institutions, même si, dans des situations apparemment anarchiques, la dimension des unités d'organisation politique se rétrécit. On observera que les enfants enrôlés plus ou moins de force, apprécieront de ne pas paraître tels. Tout d’abord instruments passifs d'une entreprise dont la maîtrise leur échappe totalement, l'esprit vient rapidement aux adolescents d'une interactivité politique dans le cadre de laquelle ils ne sont dépourvus ni d'initiative ni d'efficacité, manifestant pour le moins un désir de changement de leur cru. Quel « ado » ne souhaite en effet, notamment lorsque son bilan amour/contrainte penche en faveur de la seconde, changer les règles du jeu social, abolir le carcan familial, l'esclavage du travail, la répression de l'école, le commandement des sergents ? Les commissaires de la révolution ont donc beau jeu de susciter des subversions qui ont des airs de vacances, de vengeance et de revanche. Ils ne s'y emploient cependant qu'avec circonspection. Avant le renversement du régime, le jeu est dangereux et les perspectives médiocres ; ils ne s'y risquent guère. C'est une fois en place que le gouvernement révolutionnaire ou le petit chef de guerre local mobilisera ses jeunes pour parfaire ici quelque destruction de l'ordre social ancien ou mener ailleurs une manoeuvre purement politicienne. Cette instrumentalisation du potentiel révolutionnaire de l'adolescence, libéré par les situations révolutionnaires elles-mêmes, est parfaitement illustrée dans les articles que Jacques Andrieu et Farhad Khoroskhavar consacrent respectivement ci-après à la Chine et à l'Iran. Dans les deux cas on voit les gérontes qui gouvernent, le Timonier et le Guide, qualifiés par Khoroskhavar de « superadultes », recourir aux services des sous-adultes pour combattre les adultes. Ainsi voit-on les Gardes Rouges chinois télécommandés de Pékin s'en prendre à l'appareil du régime, première mouture, et les Bassiji iraniens, répondant aux consignes de Qom, s'en prendre aux vestiges de l'ordre social ancien. Producteurs de violence politique contre l'étranger ou contre l'ennemi de l'intérieur, dans les rangs d'une armée régulière ou d'unités supplétives, de milices en uniformes ou de groupes militants plus ou moins clandestins, ces enfants sont littéralement en service commandé. Il n'est pas sûr que la violence politique qu'on leur a donné licence de produire soient très différente dans ces modalités de celle que les situations de guerre libèrent chez leurs aînés. Agissant sous contrôle, ils ne demeurent pas moins des exclus de la politique, tant, du moins, que ce contrôle subsiste.
* En résumé :
Violence politique et enfance sont apparemment antinomiques. Bien que l’enfant, en effet, naturellement violent comme tout le monde, accède très précocement à une capacité politique, la pratique de celle-ci, liée au statut d’adulte, lui est interdite. Illégitime au yeux de la communauté internationale qui s’est même essayée à légiférer en la matière, la violence juvénile reste cependant pour des pouvoirs étatiques ou infra-étatiques peu regardants une ressource aisément mobilisable au service de fins politiques à la définition desquelles les enfants embrigadés demeurent étrangers. Exceptionnellement, dans des conditions de déstabilisation sociale et d’anarchie politique avancées, la violence politique des enfants revêt un caractère autonome, mais cette authentique subversion de l’ordre des choses, exposée à la reprise en main des adultes et au vieillissement même des enfants, n’a qu’une espérance de vie limitée. Quoique dépourvue d’avenir, la violence politique juvénile laisse des traces dans la société globale dont elle nourrit l’imagination et favorise les mutations.
Pendant ce temps BHL traite de l'antisarkosysme qui s'installe chez nous, et Kouchner n'est pas très prolixe sur le Tibet ... et comme je ne suis pas Elie Kling, je m'arrête (cela vous évitera de le faire), car je vais dire des bêtises.
L'utilisation d'enfants soldats peut être assimilée à un crime contre l'humanité.
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