En septembre 2000, la "mort" en direct de l'enfant Mohamed A-Dura auprès de son père, au carrefour de Netsarim, avait déclenché une vague d'indignation dans le monde entier, teinté d'antisémitisme moyenâgeux. Elle avait été l'un des déclencheurs et justificatifs de la 2e Intifada qui fit plus de 1000 morts juifs innocents et provoqua des actes antisémites aux quatre coins du monde. La retransmission en boucle de ces images sur toutes les chaînes du monde avait transformé cet enfant en icône-martyr chez les Palestiniens, en image superposée de l'enfant juif du ghetto de Varsovie, et définitivement désigné les soldats de Tsahal comme des tueurs d'enfants sans pitié.
En France, Philippe Karsenty, au bout de plusieurs années de travail forcené et de procès, a tenté de prouver les défaillances professionnelles du journaliste Charles Enderlin, directeur du Bureau de France 2 en Israël, et du cameraman de France 2 Tala Abou Rahmeh, dans ce qui pourrait peut-être s'appeler le "plus grand travestissement médiatique ayant eu un tel impact" selon les propres termes de Karsenty. Le Tribunal français n'a pas encore rendu son verdict. Les différentes enquêtes minutieuses menées en Israël, les rapports balistiques ainsi que des rushes de séquences filmées sur place (que l'on peut voir sur le site Honest Reporting) , concordent pour indiquer que "ce jour-là, il y avait un plateau de cinéma au carrefour de Netsarim", toujours selon les termes de Karsenty.
Cette affaire à également été portée sur le terrain judiciaire israélien. Dans un premier temps, l'Association Israélienne des Journalistes, par l'intermédiaire de Dany Sieman, avait saisi le Procureur de l'Etat afin de voir "s'il y avait des moyens juridiques d'attaquer la chaîne française pour manquements professionnels". Mais le Procureur avait répondu par la négative, indiquant "que cette question devait être traitée sur les plans médiatique et public, et non judiciaire"
L'association de juristes "Shourat Hadin", représentée par Me Nitzana Darshan-Leitner, avait alors saisi la Cour Suprême pour faire appel de cette décision, et pour sanctionner les deux journalistes pou "manquements professionnels et falsifications volontaires ayant entraîné des violences". L'association demandait soit des excuses des deux journalistes ou sinon, le retrait de leur licence d'exercer en Israël. De leur côté, la chaîne française et Charles Enderlin lui-même, demandaient le rejet de la requête, sous prétexte qu'il s'agit "d'une entrave à la liberté de presse pour motifs politiques, et d'accusation calomnieuse d'avoir mis en scène des faits graves..." "Nous avons agi avec professionnalisme, et respecté toutes les règles déontologiques", affirment France 2 et Enderlin.
Les avocats israéliens de France 2 arguent "que l'autorisation de pratiquer le métier de journalisme ne dépend pas de la qualité du travail et de la probité des professionnels". De même, pour le Procureur de l'Etat, "il n'est pas dans les prérogatives de l'Association israélienne des journalistes d'accorder ou non des licences d'exercer en fonction du contenu des reportages des candidats." Pour Me Avinoam Segal-El'ad, "l'autorisation d'exercer le métier de journalisme ne peut être retirée que dans des situations extrêmes, comme la divulgation d'informations relevant de la sécurité de l'Etat. Or dans ce cas, il s'agit uniquement de divergences d'opinions sur un reportage, ce qui ne justifie en aucun cas le retrait de la carte de presse."
A l'issue des débats, la Présidente de la Cour Suprême, Dorit Beinish, a annoncé qu'elle rendrait son verdict d'ici quelques temps.
Huit ans après les faits, cette affaire fait encore parler d'elle, tant elle a eu d'impact sur les esprits, et tant elle a eu de conséquences nuisibles pour Israël et les Juifs. Il s'agit-là d'une question de Justice et de Vérité.