Tous les sondages le montrent: la ministre des Affaires Etrangères est actuellement la personnalité politique préférée des Israéliens. Selon ces mêmes sondages, elle reste encore bien derrière Binyamin Netanyahou quant aux capacités d'exercer la fonction de Premier ministre, car personne ne connaît exactement son message politique. Mais il semble que la population voit aujourd'hui en elle une "Madame Propre" de l'exercice politique, qui tranche singulièrement avec l'image que donne l'équipe dirigeante actuelle. Elle n'est entachée d'aucun soupçon dans le domaine financier ou des combines politiques, et sa vie privée le reste complètement.
Après la publication des conclusions partielles de la Commission Winograd, elle s'était laissé aller à demander la démission d'Ehoud Olmert mais tout en restant finalement au sein de son gouvernement, ce qui l'avait déjà "enterrée" politiquement aux yeux des journalistes et des proches du Premier ministre. Elle avait réussi à faire quelque peu oublier ce faux-pas, mais les relations entre Ehoud Olmert et elle se sont bien détériorées depuis. Lorsque le Premier ministre la nomma responsable de l'équipe de négociations avec les Palestiniens, d'aucuns avaient compris que ce "cadeau empoisonné" était destiné à ternir son image lorsqu'elle devrait porter la responsabilité en cas d'échec.
Le déclenchement de la nouvelle Affaire Olmert a fait redémarrer les spéculations sur la démission ou la mise à l'écart provisoire de ce dernier, et tout le monde attendait la réaction de Livni sur cette question. Dans un premier temps, c'est son silence éloquent qui a provoqué la colère du Premier ministre et de ses proches, lui reprochant "son manque de solidarité", pendant que les autres prétendants au titre - Mofaz, Dichter ou Chétrit- redoublaient d'efforts pour se montrer indulgents et patients envers "l'animal blessé". Certains parlaient même déjà d'un remplacement de Livni par Mofaz aux Affaires Etrangères.
La situation de plus en plus problématique dans laquelle se trouve Olmert, et les sondages d'opinion qui expriment la popularité de la ministre des Affaires étrangères, même auprès des électeurs travaillistes, vont peut-être la pousser à changer de stratégie. En politique, c'est souvent le "momentum" qui est crucial pour la réussite d'une entreprise.
S'exprimant avant-hier (mercredi) soir lors de la Conférence des Présidents, elle a dressé une "pique" remarquée à l'encontre du Premier ministre: "Tout dirigeant politique doit avoir à la fois une vision, une colonne vertébrale éthique, et une conscience intérieure". Le message est on ne peut plus clair.
Autre élément qui donne à penser aux analystes politiques que Livni se préparerait à assumer le pouvoir dans Kadima et donc devenir Premier ministre en attendant de nouvelles élections, sont ses récentes déclarations concernant le dossier palestinien, qui sont plus incisives qu'avant. Lors de ce même discours prononcé devant le président américain, elle a répété "qu'Israël devrait renoncer à certaines parties de son territoire pour pouvoir créer l'Etat Palestinien, mais que ce dernier ne verrait le jour que lorsque les Palestiniens élimineraient le mot 'Nakba' de leur lexique." Autant dire...jamais!!
Enfin, elle a clamé que "si Israël a accepté le principe d'un Etat Palestinien, elle ne tolèrera jamais la création d'un Etat dominé par les terroristes islamiques, comme l'est la Bande de Gaza."
Mais le parcours de Livni ne sera pas forcément facile. Le Premier ministre pourrait bien empêcher par tous les moyens l'ascension de la ministre au cas où il serait forcé d'abandonner le pouvoir, selon le célèbre principe énoncé par Samson: "Si je meure, que les Philistins meurent alors avec moi".