Les festivités du 60e anniversaire se sont achevées, chacun est retourné vaquer à ses activités et au quotidien que lui offre la vie dans le pays. Beaucoup de réflexions ont été faites autour de cette tranche de vie de l'Etat d'Israël, courte sur l'échelle de l'Histoire, mais bien longue si l'on recense les événements qui l'ont jalonnée.
En demandant l'expression "révolution sioniste" sur le site "Google", j'ai eu la mauvaise surprise de constater que la plupart des références ramènent à un article et à un livre violemment...antisionistes, identiquement intitulés: "La Révolution Sioniste est morte"!! L'article est écrit par Avram Burg, et le livre, publié par Michel Warschawski. Tout commentaire sur les auteurs est inutile.
Contrairement aux analyses de ces personnages marginaux, il est évident que la "Révolution Sioniste" a globalement réussi. De tous les mouvements de libération nationale - et ils furent nombreux - le Sionisme est le seul qui ait abouti à la naissance d'une réelle démocratie. Rappelons nous avec quelle haine et avec quel mépris les premiers leaders communistes s'opposaient au Sionisme. Près d'un siècle après, qu'ont réalisé les uns et les autres?! Où sont aujourd'hui les uns et les autres?!
En quelques décennies, Israël a réalisé des prouesses uniques dans l'Histoire de l'Humanité: il a absorbé proportionnellement beaucoup plus d'immigrants que n'importe quel autre pays. Des dizaines de milliers de Russes non juifs, endoctrinés aux sirènes des "lendemains socialistes qui chantent", ont fui leur pays profitant de l'exode des Juifs, pour aller vivre dans ce pays sioniste tant décrié par la propagande soviétique. En quelques décennies aussi, Israël est devenu incontournable sur la scène internationale dans les domaines scientifique, technologique, agro-alimentaire ou militaire. Et après 20 siècles, Israël et Jérusalem sont redevenus le centre spirituel du monde juif. Tout ce qui se passe dans ce pays qui fait à peine la moitié de la Suisse, est répercuté dans les médias du monde entier, et l'on peut sans exagérer affirmer qu'Israël est devenu le centre névralgique du monde.
Et pourtant. En ouvrant les journaux, en écoutant la radio, en voyant les informations télévisées ou en discutant avec l'homme de la rue, le constat est sévère: depuis une vingtaine d'années, le pays s'essouffle et donne le sentiment de perdre ses repères. L'incertitude s'installe, et des questions existentielles hantent la plupart des nos concitoyens : "Vers où allons nous?" "Qu'est ce qui arrive à nos dirigeants?""Jamais la situation n'a été aussi grave"…
Tant de choses se passent ici en dehors de toute logique et en dépit du bons sens. "L'intelligence juive" que nous envient ou nous reprochent tant de peuples est rudement mise à l'épreuve. Et si le Sionisme a réussi dans certains domaines, il faut avouer qu'il a échoué dans d'autres.
Il y a eu les "années flux" du Sionisme, empreintes d'idéal, de fierté, de construction, d'optimisme, de force et de détermination. Il y a aujourd'hui une vague de "reflux", qui se traduit par des reculs dans les domaines politiques, diplomatiques, éducatifs, sociaux, éthiques et militaires.
Où sont l'esprit de la Guerre des Six Jours et d'Entebbé? Où sont les valeurs de solidarité qui ont caractérisé les années 1950? Qu'est devenue la fierté d'être Israélien, l'amour-propre du Juif redevenu Hébreu? Pourquoi nos dirigeants agissent-ils comme si notre présence sur ce lopin de terre était une faveur qu'il faut payer en courbettes, en territoires et en sang, au lieu de proclamer que nous sommes ici de Droit et agir en conséquence? La corruption et l'opportunisme ont envahi les rouages de l'Etat, la démocratie est bafouée au nom d'intérêts douteux, et les rares personnes qui osent tirer la sonnette d'alarme sont ridiculisés ou traités "d'extrémistes". Mais la réalité a lentement imposé son empreinte: les reculades et les abandons ont été "récompensés" par des missiles et des attentats, la faillite de l'éducation a produit une génération de jeunes sans repères, et la gangrène de la corruption a fini par suinter à travers les habits du politiquement correct.
Une certaine forme de Sionisme, qui a eu le mérite d'édifier l'Etat est en train de "mourir", mais persuadés qu'ils sont détenteurs de la Vérité, ses tenants veulent entraîner dans leur chute certaines des valeurs éternelles qui justifient la présence ici d'un Etat juif: caractère juif de l'Etat, revendication de souveraineté sur les territoires historiques d'Erets Israël, dissuasion et détermination militaires, justice sociale, solidarité juive et éthique dans l'exercice du pouvoir.
Nous sommes arrivés à de telles profondeurs, que ce sont ceux dont la place serait en prison qui dictent aujourd'hui l'agenda politique, et pratiquent la politique de la "terre brûlée"(ou donnée!). Dernier exemple en date: ce lundi 26 mai 2008, la ministre de l'Education, Youli Tamir, qui ne cache pas ses sympathies d'extrême gauche, demande au Mouvement Juif Réformé de "profiter de sa présence dans le gouvernement pour faire avancer ses revendications". C'est on ne peut plus clair.
Des termes en vrac empruntés à ces vingt dernières années donneront une image assez nette du malaise profond qui touche Israël d'aujourd'hui: Oslo, Intifadas, corruption, oligarchies, crise de l'éducation et des valeurs juives, crise du système judiciaire, concessions, injustices sociales, Hitnatkout, mensonges, combines politiques, dégoût du politique et démotivation citoyenne, médias tout-puissants et déjudaïsés, intellectuels nihilistes, violence sociale et familiale, faiblesse militaire et diplomatique, post-sionisme, montée du nationalisme des Arabes israéliens, menaces extérieures grandissantes, etc…Le pays ressemble de plus en plus à la Judée de la fin du règne des Hasmonéens, où régnaient la corruption, le népotisme et l'arbitraire. Nous connaissons la suite: mainmise de Rome, puissance de l'époque sur le pays, oppression, destruction du Temple et fin de l'Etat juif.
Ce tableau peut sembler noir. Mais un tableau noir est aussi celui sur lequel une nouvelle page d'Histoire peut-être écrite. Pour cela, il ne suffit pas d'une petite craie. Les injustices sont si criantes, la majorité de la population se sent à tel point méprisée, que le pays a besoin d'un mouvement populaire qui crie "Assez!", "Nim'asstem!" à ses dirigeants, ses juges et ses intellectuels, qui avant de disparaître de la scène veulent encore transformer Israël en "Etat comme les autres".
Les fondateurs d'Israël n'étaient pas des Juifs observants, loin s'en faut. Ils étaient empreints d'idéaux socialistes, et très éloignés de l'observance des Mitsvot. Mais la lecture de leurs écrits feraient rougir de honte même les dirigeants actuels du Likoud, ne parlons pas des Travaillistes. Jamais, ô grand jamais, ils n'auraient pensé que leurs successeurs se montreraient aussi hésitants et faibles face à nos ennemis. Jamais ils n'auraient imaginé que le mot "Erets Israël" devienne un jour un terme honteux, et que leurs successeurs seraient capables de brader la Terre d'Israël et à en chasser les Juifs uniquement pour se faire un nom dans l'Histoire, pour faire oublier leur corruption organisée, ou faire plaisir aux puissants du moment. Jamais ils n'ont rêvé qu'une ministre de l'Education veuille introduire la "Nakba" dans les manuels des élèves israéliens, ou qu'un ministre arabe au gouvernement israélien déclare que le "Golan est une terre syrienne" et "Qu'il est opposé au caractère juif de l'Etat"! Jamais non plus, ils n'auraient rêvé qu'Israël devienne l'un des pays les plus inégalitaires parmi les pays développés, que des enfants aient faim, ou que des adolescents battent des vieillards jusqu'au sang.
Dans la mosaïque que constitue la population israélienne d'aujourd'hui, la judéité francophone, de plus en plus nombreuse, a son mot à dire. C'est une population de qualité, dont une partie grandissante réussit à allier harmonieusement intellectualisme et vie juive authentique, religiosité profonde et tolérance, pensée occidentale et identité hébraïque vivant en symbiose, amour inconditionnel d'Erets Israël et sensibilité sociale aigue. Ces qualités sont incontestablement redevables en partie aux Maîtres francophones tels que le Rav Léon Ashkenazi z.l. (Manitou), André et Renée Neher z.l, Pr. Benno Gross, et aux guides et élèves qu'ils ont formés ou influencés. Cette communauté peut assurément constituer un modèle pour la société israélienne de demain.
Face à ce qui se dessine devant nous, de nouvelles élections, même si elles sont indispensables, ne résoudront rien, tant les grands partis se ressemblent aujourd'hui, et tant l'absence de véritable leader se fait durement ressentir.
Israël a besoin de son Mai 68.