
L’affaire Dreyfus déclencha une vague d'antisémitisme et une tempête dans toute la France et dans le monde entier, grâce à l’intervention de grands hommes idéalistes tels qu’Emile Zola. Il est évident que les proportions que prit l’affaire Dreyfus sont dues en grande partie au fait que l’accusé était un capitaine de l’armée française. A cette époque, les Français acceptaient difficilement le fait que cet officier juif, issu d’une famille qui n’avait acquis la nationalité française depuis cent ans à peine, ait accédé à un poste aussi élevé au sein de leur armée et les Français ne se sont pas remis de l’humiliation de leur défaite face à l’Allemagne en 1870. Par ailleurs, comme de coutume, le pouvoir et la réussite des Juifs dans la finance attisaient l’antisémitisme.
En septembre 1894, un agent des services de renseignements français met la main sur un bordereau issu de l’ambassade d’Allemagne à Paris et le remet à ses supérieurs. Ce bordereau avait été adressé à un colonel allemand. Il n’était ni daté, ni signé et a priori, il ne présentait pas grand intérêt. Pourtant, il déclencha une très grave affaire d’espionnage entre l’Allemagne et la France. Une enquête fut ouverte et une vague ressemblance fut établie entre l’écriture du bordereau et celle du capitaine Dreyfus.
Le capitaine Dreyfus était le premier officier juif à avoir été nommé à l’état-major. Le fait qu’il était Juif suffit à justifier de l’accuser pour espionnage et trahison.
Sous la pression du lieutenant-colonel Henry, qui cherchait à couvrir le commandant Esterhazy, le vrai coupable, le 15 octobre 1894, Alfred Dreyfus fut arrêté et conduit en prison. Dans un journal antisémite, le lieutenant-colonel Henry déclencha une campagne contre ce qu’il appela une ‘trahison juive’, qui fut reprise en chœur par l’ensemble de la presse.
Le procès débuta en décembre et après qu’un dossier accablant ait été présenté aux juges, le Conseil de guerre condamna le capitaine Dreyfus à la dégradation publique et à la prison à perpétuité. La dégradation eut lieu début janvier au Champ de Mars, à Paris, sous les cris antisémites de la foule. Alfred Dreyfus fut ensuite transféré à l’île du Diable.
En juillet 1895, le colonel Picquart fut nommé chef des services de renseignements militaires. En mars 1896, on lui remit un ‘petit bleu’, provenant de l’Ambassade d’Allemagne à Paris, de même que le fameux bordereau.. Le nom du commandant Esterhazy figurant dessus, Picquart ordonna l’ouverture d’une enquête à son encontre. Alerté, le colonel Henry fabriqua un faux document constituant une preuve irréfutable de la culpabilité de Dreyfus et quelques jours plus tard, Picquart fut disgracié, envoyé à l’étranger et remplacé par le colonel Henry à la tête des services de renseignements.
Picquart comprit alors qu’il s’agissait d’une énorme machination et il décida de se battre pour découvrir la vérité. Profitant d’une permission à Paris, il prit contact avec un avocat et lui demanda de constituer un dossier pour obtenir la révision du procès de Dreyfus. Cet avocat obtint l’appui de Jean Jaurès, d’autres hommes politiques importants et de nombreux intellectuels dont Emile Zola et Anatole France, qui n’hésitèrent pas à prendre publiquement position pour la révision du procès. De son côté, le colonel Henry incita la presse de droite à se mobiliser pour maintenir la culpabilité de Dreyfus.
Etsterhazy passera devant le Conseil de guerre et sera acquitté. Emile Zola s’élèvera contre cette nouvelle injustice et le 13 janvier 1898, il publiera son célèbre ‘J’accuse !’ dans le journal l’Aurore, une lettre ouverte au Président de la république, ce qui lui vaudra d’être accusé et condamné pour calomnies. Pour éviter la prison, Zola sera contraint de se sauver en Angleterre d’où il ne reviendra qu’un an plus tard, après l’annonce de la révision du procès.
Parallèlement, Picquart continuera de rechercher la vérité et finira par prouver qu’une grande partie des documents présentés dans le cadre de cette affaire, ne se rapportaient absolument pas à Dreyfus. Résultat, le ministre de la Guerre rejeta ses preuves et le fit arrêter. Ce ministre ne put toutefois nier que le document qui avait été fourni par le colonel était douteux. Aussi, il demanda une expertise, procéda à l’interrogatoire du colonel Henry, qui finit par avouer. Immédiatement après avoir été écroué, ce dernier se suicida. Picquart resta en prison durant quelques mois.
Pendant ce temps, la France est agitée, les Dreyfusards et les antidreyfusards s’opposent violemment dans la rue. Des manifestations antisémites avec des cris de ‘Mort aux Juifs’ ont lieu et des magasins appartenant à des Juifs sont saccagés.
A la suite de la démission de plusieurs ministres, un nouveau gouvernement fut formé et la révision du procès fut ordonnée.
Le colonel Picquart fut alors remis en liberté et Emile Zola revint en France. Dreyfus fut ramené en France pour repasser devant le Conseil de guerre. Mais l’honneur de l’armée restant primordial aux yeux des juges, malgré les preuves irréfutables de l’innocence de Dreyfus qui leur avaient été présentées, ils finirent par confirmer la culpabilité de Dreyfus tout en lui accordant les circonstances atténuantes. Dreyfus, qui avait été condamné cette fois à dix ans de forteresse, demanda la grâce du Président de la République, qui la lui accorda.
Par la suite, une fois le calme revenu, l’opinion publique se rallie à la position de la gauche qui gagna les élections de 1902.
Le 15 juillet 1906, le procès reprendra enfin et au terme de débats qui auront duré plusieurs semaines, les accusations contre Dreyfus seront démontées. En juillet, il sera réhabilité et réintègrera les rangs de l’armée au poste de commandant. Après avoir été lui aussi acquitté, le colonel Picquart sera élevé au grade de général.