1. Comme on l'a maintes fois souligné, le principe de l'éternité de la Torah s'applique à l'ensemble de ce qui la constitue, y compris à ceux de ses aspects qui, matériellement, n'existent plus à notre époque. En effet, ceux-ci n'en sont pas moins encore présents, spirituellement. Or, la dimension spirituelle est la source, l'origine de la matérialité.
Ce principe s'applique également à ce qui est dit dans notre Paracha, c'est-à-dire au recensement des fils de Guerchon et des fils de Merari. Le début de ce passage se trouve à la fin de la Paracha précédente, présentant le recensement des fils de Kehat, lequel, du reste, se poursuit au début de notre Paracha. Matériellement, tous ces comptes ne sont pas éternels. Il y eut une Mitsva de les établir et ce recensement ne fut effectué qu'une seule fois, au cours de la seconde année après leur sortie d'Egypte. Dans sa dimension spirituelle, par contre, ce compte est éternel et il a sa place en chaque génération.
2. Nous comprendrons tout cela en répondant, au préalable, à la question suivante : pourquoi fallait-il que les enfants d'Israël passent quarante ans dans le désert ? Il est vrai que, du fait de la faute des explorateurs, il fut décrété qu'ils y resteraient pendant toute cette durée, "un jour par an, un jour par an" Pour autant, le Décret portait uniquement sur leur entrée en Erets Israël. Leur faute était de ne pas vouloir s'y rendre et leur punition fut donc l'interdiction d'y entrer, "mesure pour mesure" Toutefois, ils auraient pu passer ces quarante ans dans un endroit habité, en dehors d'Erets Israël, plutôt que dans un désert et encore moins dans : "le désert grand et redoutable, avec des reptiles, des serpents, des scorpions et la soif, alors que l'on n'a pas d'eau"
L'explication est la suivante. Le Likouteï Torah précise, au début de notre Paracha(6), que: "la raison pour laquelle ils voyagèrent dans le désert, transportant l'Arche sainte et ses instruments, était la nécessité de recourber l'emprise des forces du mal, dont l'origine est précisément le désert" Bien plus, en recourbant les forces du mal et l'obscurité qui voile, "ils mettaient en évidence la révélation de D.ieu" C'est pour accomplir tout cela qu'ils durent passer quarante ans dans le désert.
Au sens le plus simple, voici ce que cela veut dire. A l'occasion du voyage des enfants d'Israël dans le désert, la nuée tuait les serpents et les scorpions. De la sorte, eux-mêmes transformèrent le désert en lieu habitable. En effet, la différence entre les deux endroits réside essentiellement en deux points :
A) Il est dit à propos du désert, que : "l'homme ne peut y résider" Or, quand les six cent mille enfants d'Israël s'y trouvaient, les hommes y résidaient effectivement.
B) Le désert est, en outre, "une terre inculte" Malgré cela, quand les enfants d'Israël y séjournèrent, l'eau du puits de Myriam "faisait pousser toutes sortes de plantes et des arbres à l'infini"
C'est la raison, dans la dimension profonde, pour laquelle les Léviim furent dénombrés indépendamment, dès l'âge de trente ans, en relation avec l'Arche sainte et ses instruments, qu'ils devaient porter. C'est de cette façon qu'ils transformèrent le désert en terre habitable, selon l'explication du Likouteï Torah, précédemment citée.
En effet, un recensement qui avait été pratiqué spécifiquement à cet effet leur conférait l'importance, dans ce domaine, afin que le désert n'ait aucune emprise sur eux, car : "ce qui est compté ne peut pas disparaître" Bien plus, de la sorte, eux-mêmes transformèrent le désert en un "lieu habitable"
3. La transformation du "désert" en "lieu habitable" et la force céleste qui fut accordée pour y parvenir, grâce à l'Injonction de les dénombrer, sont effectivement des faits éternels, qui restent identiques en chaque génération, au même titre que tous les points mentionnés dans la Torah, comme on l'a dit.
Quand un homme observe le milieu dans lequel il évolue, il peut parfois n'y voir que : "un désert dans lequel l'homme n'habite pas", ce qui fait allusion, en l'occurrence, à l'Homme céleste, à D.ieu Lui-même. C'est le cas quand la plupart des personnes qui s'y trouvent ne connaissent pas D.ieu, l'Homme céleste. Et, même si certains Le connaissent, même si quelques-uns soulignent la nécessité d'avoir un comportement conforme aux Injonctions émises par le Saint béni soit-Il dans la Torah, il n'en est pas moins dit que : "Il n'est pas de Juste sur la terre qui fasse le bien et ne commette pas de faute". Ce Juste réalisera donc, en son service de D.ieu, moins que : "ce qu'il est nécessaire de faire" Il se trouvera ainsi dans "le désert en lequel l'Homme ne réside pas", car l'Homme céleste ne s'y trouve pas de manière fixe. Celui qui s'efforce de servir D.ieu pourrait donc en concevoir de la tristesse et du désespoir, ce qu'à D.ieu ne plaise. Il sera alors conduit à abandonner sa mission auprès des "pauvres de ta ville" et à s'enfuir dans un autre endroit.
L'instruction suivante lui est donc donnée, à ce propos. Il doit se rendre dans le désert, le changer, comme lorsque les enfants d'Israël le firent, selon le récit de notre Paracha. Eux-mêmes traversèrent le désert selon l'Injonction du Saint béni soit-Il et ils le transformèrent en un lieu habitable. Il peut donc en être de même pour chaque Juif, de tout temps, quel que soit le lieu dans lequel il se trouve, même s'il s'agit d'un "désert désolé" En effet, sa présence en cet endroit n'est pas le fait du hasard, ce qu'à D.ieu ne plaise. Bien au contraire, il y reçoit une mission du Saint béni soit-Il, car : "c'est D.ieu Qui prépare les pas de l'homme", afin qu'il en fasse le lieu de résidence de l'Homme céleste.
Le Rambam précise que : "ceci ne concerne pas uniquement la tribu de Lévi, mais bien quiconque décide, par son esprit généreux, de se séparer et de se tenir devant D.ieu afin de Le servir. D.ieu sera sa part et son héritage, comme Il en a accordé le mérite aux Cohanim et aux Léviim" Il en résulte que chaque homme, dès lors qu'il est volontaire pour le faire, peut : "enseigner Ses voies droites et Ses jugements justes au plus grand nombre" Dès lors, D.ieu lui accordera la force et l'importance, lui permettant de ne pas disparaître. Puis, il se hissera d'une étape vers l'autre et il "élèvera également la tête des fils de Guerchon" Il rejoindra ainsi celui qui est plus grand que lui et il atteindra le niveau des fils de Kehat, qui sont dénombrés indépendamment. Dès lors, il pourra faire un Sanctuaire pour D.ieu de l'endroit dans lequel il se trouve, y compris lorsque celui-ci était, d'emblée, un désert.
4. L'enseignement qui vient d'être développé s'applique également à l'effort de l'homme destiné à transformer sa propre personne. En effet, lorsque celui-ci établit un bilan moral de ce qu'il a vécu, il peut lui arriver de conclure que son comportement a été celui du "désert" Il en sera donc découragé, ce qu'à D.ieu ne plaise et il se dira : "Comment pourrais-je modifier mon comportement ?" Combien plus en sera-t-il ainsi pour les fautes qu'il a commises une seconde fois et qu'il considère désormais comme des actes permis ? A fortiori, est-ce le cas s'il a transgressé plus de deux fois et s'il s'est habitué à le faire, cette habitude étant devenue sa nature.
C'est donc à ce propos qu'est délivré l'enseignement suivant. Les fils de Lévi, alors âgés de plus de trente ans, n'avaient pas encore commencé à servir dans le Sanctuaire. Malgré cela, la force leur en fut accordée, ainsi qu'il est dit : "Elève la tête". Ils purent donc transporter ce Sanctuaire par la suite et transformer le désert en un lieu d'habitation. Et, de manière concrète, c'est effectivement ce qu'ils firent.
Il peut donc en être de même pour chacun, quel que soit le comportement que l'on a eu jusqu'à maintenant. Si l'on décide qu'à l'avenir, on "se tiendra devant D.ieu pour Le servir", on recevra la force de purifier soi-même et ses vêtements de tous les éléments malencontreux qui sont intervenus dans le passé, alors que l'on se trouvait encore dans le "désert", de mettre en évidence la Divinité en son âme, de sorte que l'on puisse appliquer à sa propre personne les termes du verset : "Je résiderai parmi eux" et que l'on soit personnellement un Sanctuaire pour D.ieu.
5. Pour que l'homme et son entourage deviennent le Sanctuaire de D.ieu, il est nécessaire d'orienter Son service en deux directions, "Ecarte-toi du mal" et "Fais le bien" Ainsi, lorsque l'on souhaite bâtir une demeure pour un roi de chair et d'os, on doit, au préalable, "en faire disparaître toute souillure, toute immondice. C'est uniquement après cela que l'on y installera de beaux meubles" Il en est donc de même quand on bâtit le Sanctuaire de D.ieu. Il faut, là encore, réunir les deux Injonctions, "Ecarte-toi du mal" et "Fais le bien"
On trouve également une allusion à cela en les fils de Guerchon et de Kehat, qui portaient le Sanctuaire. En effet, Guerchon est de la même étymologie que Guirouchin, divorce, "Ecarte-toi du mal", alors que Kehat peut être rapproché du verset : "Les peuples se rassemblent (Ikhat) pour lui", faisant allusion au rassemblement et à la collection des éléments positifs, "Fais le bien"
Tout comme Guerchon naquit avant Kehat, le service de D.ieu est tout d'abord basé sur : "Ecarte-toi du mal". Vient ensuite "Fais le bien", de la même manière que l'on place de beaux meubles dans le palais après l'avoir nettoyé de toute immondice.
6. Les actions entrant dans le cadre de : "Ecarte-toi du mal" et "Fais le bien" peuvent être déduites de la différence que l'on constate entre ce que portaient les fils de Guerchon et ce qui revenait aux fils de Kehat.
Les fils de Guerchon portaient les tentures du Sanctuaire, alors que les fils de Kehat étaient chargés de ses instruments, notamment l'Arche sainte, la Table. La distinction pouvant être faite entre les tentures et les instruments est la suivante. Les premières entouraient le Sanctuaire, le protégeaient de l'extérieur, alors que chacun des instruments recevait une fonction qui lui était propre à l'intérieur même de ce Sanctuaire. Ainsi, l'Arche sainte portait témoignage et la Table recevait le pain.
Dans le service de D.ieu, ceci a l'implication suivante. L'Injonction : "Ecarte-toi du mal" fait référence à ce qui est négatif. Elle préserve donc l'homme de ce qui lui est interdit, de ce qui est nocif pour lui. Par contre, "Fais le bien" introduit l'accomplissement des Mitsvot ayant pour vocation de porter témoignage, ce qui correspond à la main distribuant de la Tsedaka, laquelle est totalement soumise à D.ieu.
C'est grâce à ces deux formes du service de D.ieu qu'est bâti, d'une manière parfaite, le Sanctuaire, demeure de D.ieu.