La paracha Réeh, qui bénit le mois d’Eloul, débute ainsi : «ראהאנכי Regarde, je mets aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction. La bénédiction, si vous écoutez les Mitsvot de l’E-ternel votre D. que je vous ordonne aujourd’hui. Et la malédiction, si vous n’écoutez pas les Mitsvot…Et ce sera quand l’E-ternel Ton D. t’aura conduit dans la terre où tu te rends…tu placeras la bénédiction sur le Mont Guérizim et la malédiction sur le Mont Ebal…»
Nos Sages s’interrogent sur l’expression «Regarde je mets…» En effet, le terme «je» est habituellement en hébreu celui «Ani» L’expression Anokhi est un terme beaucoup plus fort, il introduit les 10 Commandements : «Je suis Anokhi, l’E-ternel Ton D.» Pourquoi la Tora utilise-t-elle ce terme pour la récompense en cas d’observance des Mitsvot et le châtiment en cas de leur négligence ? Par ailleurs, pourquoi la bénédiction doit-elle être placée sur le Mont Guérizim et la malédiction sur le Mont Ebal ? Enfin, quel est le rapport entre le début de cette paracha et la bénédiction du mois d’Eloul ?
La description de la cérémonie où l’on place sur les 2 montagnes la bénédiction et son contraire, est détaillée dans la paracha de Ki Tavo : 6 tribus se trouvaient sur le Mont Guérizim et 6 autres sur le Mont Ebal ; les Cohanim et les Léviim se trouvaient en bas avec l’Arche. Ils récitèrent les bénédictions en se tournant vers le Mont Guérizim, les 12 tribus répondant Amen ; puis ils se retournèrent vers le Mont Ebal et récitèrent les malédictions auxquelles les 12 tribus répondirent aussi Amen.
Dans son commentaire sur Devarim, Maftéa’h Hatokha’hot, le Rabbi Avraham Aboulafia développe le parallèle entre les 2 premiers mots de notre paracha «Reeh Anokhi» et les 2 premiers mots des 10 Commandements tels que nous les prononçons «Anokhi Ado-na-ï» En effet, lors du Don de la Tora, les Bné Israël eurent alors le dévoilement de D. sans aucun intermédiaire ; un tel niveau correspond au mot «Anokhi», qui représente l’Essence Divine. Il en fut de même lors de l’entrée des Bné Israël en Erets Israël.
En effet, le fait de placer les bénédictions sur le Mont Guérizim et les malédictions sur le Mont Ebal, fait intervenir le dévoilement de l’Essence Divine. Le mot «Anokhi, אנכי » est formé des initiales de l’expression : «J’ai écrit et présenté Mon Ame, נשפיכתביתיהבית אנא»
Ce qui signifie que D. s’est inclu dans la Tora qu’Il nous a donnée ! Au niveau de Son Essence, les notions de bien et de mal, de droite ou de gauche, disparaissent totalement !
Il en de même pour la bénédiction des Cohanim elle a le pouvoir de transformer totalement une situation qui pourrait sembler négative en évènement positif ! Rabbi Avraham Aboulafia le souligne en faisant correspondre la guématria des 2 premiers mots des 10 Commandements, «Je suis l’E-ternel, אנכיאד-ני» (752) avec l’expression Bénédiction des Cohanim, ברכת הכהנים(752) Les dernières lettres des mots «Regarde Je mets aujourd’hui devant vous, ראהאנכינתן» ont une guématria de 65 (50-10-5) celle du Nom de Divin Ado-naï אד-ני. Il s’agit donc du dévoilement de la Divinité elle-même qui est rendu possible grâce au respect de la Tora et des Mitsvot !
Les Rébbeïm Déguel Ma’hané Ephraïm et Ahavat Israël nous font remarquer que le mot «Anokhi, אנכי» a pour guématria 81, celle du mot «Trône- כסא» Le Déguel Ma’hané Ephraïm nous explique que dans cette paracha, D., de Son Trône Céleste, nous présente la bénédiction et son contraire, en nous ordonnant de respecter sa Tora et Ses Mitsvot. De leur application, dépend l’élévation et le raffinement du monde entier. Le Ahavat Israël nous enseigne que chacun peut bâtir par son service de D. son propre trône. En effet, la vitalité que D. dispense dans le monde est absolument bonne. Il dépend de l’homme d’être un réceptacle pour cette vitalité : s’il sait que tout lui vient de D., il bâtit alors un trône pour Lui et cette vitalité prend alors la forme d’une bénédiction. S’il croît que sa richesse lui vient de sa propre force, il bâtit un trône pour le mauvais côté et cette vitalité devient pour lui un poison. Ainsi, on peut avoir une fortune, mais cette richesse peut n’attirer que des malheurs, à D. ne plaise !
On peut aussi être pauvre, mais cette pauvreté peut garder de tout orgueil et de toute tentation et oblige à placer toute sa confiance en D. ! La Tora s’adresse donc au Juif et lui dit : «Regarde Anokhi, le Trône Céleste», c’est en lui qu’il faut placer ta confiance !
Les Rebbeïm ont aussi analysé les mots des montagnes sur lesquelles ont été placées les bénédictions et leur contraire.
Le Rabbi Avraham Aboulafia remarque que les lettres du nom «Guérizim,גרזים» forment רמז י"ג, allusion aux 13 Attributs de Miséricorde (qui sont dévoilés durant tout le mois d’Eloul)
Le Ahavat Israël, de même que le Maor Vachémech, donne la guématria du nom «Guérizim- גרזים» (260); ce nombre est 10 fois la valeur numérique du Tétragramme (26) Ce qui signifie que tout le Bien possible (celui des 10 Sefirot) vient se déverser sur le Mont Guérizim et de là, sur le Peuple d’Israël ! Le nom «Ebal - עיבל» sur lequel sont placées les malédictions, a une valeur numérique de 112, le nombre 112 est la valeur numérique du nom Yabok- יבק, nom du fleuve que Yaakov a traversé en revenant de chez Lavan.
C’est aussi un nombre qui symbolise l’union des Noms Divin : Ado-naï (65) ^ Hachem (Tétragramme) (26) ; et Ado-naï, אד-ני (65)^ E-lokim, א-להים (86)^ Ekyé (21)א-ה-י-ה. Ces 3 derniers Noms Divins débutent tous par la lettre Aleph, ils sont appelés les «Alfin» Ces Noms sont en général en rapport avec le Din, la sévérité. C’est pour cela que nous les adoucissons lors de la récitation des 13 Attributs de Miséricorde en disant : «נוצרחסד לאלפים» que l’on peut traduire par «qui conserve la Bonté jusqu’à la millième génération (Alfin)» En accomplissant la cérémonie de placer les malédictions sur le Mont Ebal, en présence des Cohanim et de l’Arche, les Bné Israël ont donc amorcé la transformation des malédictions en bénédictions !
Le Rabbi de Riminov interprète les mots «Regarde Anokhi» comme une interpellation s’adressant à soi-même : «regarde-toi», «vois où tu en es arrivé et ais honte de toi-même» ! Cette prise de conscience a pour but de réveiller le Juif à la Techouva.
C’est justement ce qu’il faut au Juif durant le mois d’Eloul. En effet, l’Admour Hazaken nous apprend que c’est un mois où le «Roi est dans les champs», c'est-à-dire que D. sort à la rencontre du Peuple Juif avec un visage souriant pour accueillir la Techouva de chacun, afin de l’inscrire à Roch Hachana dans le Livre de la Vie Bonne et Heureuse. On comprend ainsi pourquoi on lit Réeh le Chabbat qui bénit le mois d’Eloul !