«Rentrer» est un mot merveilleux. Il est utilisé pour désigner ces sentiments souvent si précieux qui définissent un temps, une attitude, légers comme un souffle de vie. On parle ainsi de «rentrer chez soi» après une longue absence. On dit encore que l’on «rentre en soi-même» pour signifier qu’on s’est écarté du monde et de son tumulte, afin de mieux réfléchir à soi.
Et que dire d’une expression aussi chargée de sens que «la rentrée» ? Elle porte en elle la notion de retour et de nouveau départ. Elle dit, à qui veut l’entendre, que tous les chemins sont ouverts à présent, car rien n’est encore figé par les glaciations de l’habitude. C’est donc bien un événement essentiel que nous vivons maintenant : plus qu’un redémarrage, une avancée stratégique vers les terres inexplorées de l’avenir.
Cette année, le calendrier social et le calendrier hébraïque sont, dans ce domaine, en concordance. Tous deux nous parlent de recommencement. Alors que le premier a sonné la fin de la grande transhumance estivale, la réapparition de la course sans fin des hommes et le resurgissement des mille bruits de leur labeur quotidien, le second ouvre sur un temps privilégié.
Nous sommes au début du mois d’Elloul, le dernier de l’année juive. Les grandes fêtes de Tichri sont déjà en perspective. Et la «rentrée», toutes ressources physiques, morales et spirituelles renouvelées, résonne d’une puissance insurpassable. Autour de nous, tout est semblable et, pourtant, tout est différent. Certes, le monde est à sa place et les choses de la vie aussi. Mais tout a, à présent, comme une tonalité subtilement changée. Tout paraît imprégné d’un sens plus profond, comme si le vent même susurrait la nécessité du retour à D.ieu.
Elloul est présent et il est, au sens le plus exact du terme, le temps de la rentrée.
C’est d’un vrai retour qu’il s’agit. Retour au monde pour lui donner sa pleine signification par l’effort spirituel au cœur de la vie. Retour à soi pour retrouver qui l’on est vraiment et progresser vers tout ce que l’on peut être. Retour à D.ieu, quelle qu’ait été la qualité de l’année écoulée, comme un authentique ressourcement dans la Source de toute vie. C’est là le grand programme de la période, sa grande œuvre. Et tout cela est à notre porte, au devant de nous.
Comme le chemin est beau quand il ouvre toutes les voies de la liberté et d’une grandeur choisie ! Comme le voyage est attirant quand on en connaît les étapes sans en discerner encore le merveilleux ! Comme la rentrée est belle, pourvu que nous sachions lui donner cette beauté !