La politique du gouvernement se veut être dans la continuité de Sharon. Mais c'est une illusion. Celle de Sharon était discutable et risquée, celle d'Olmert est nocive. Après le retentissant échec de Camp David II et la relance des hostilités par Arafat, Ariel Sharon avait relevé le défi et malgré la pression scandaleuse de l'Europe et la propagande mensongère d'Arafat, il est resté solide et persévérant. Après cinq ans, il pouvait se vanter d'avoir totalement brisé la tentative d'Arafat.
Sharon a cru que la mort d'Arafat allait inaugurer une nouvelle ère.
On a prétendu que Sharon s'était soudain converti à la paix. Ce n'est pas exact. Comme nous l'avions écrit à l'époque, Sharon avait bien choisi de faire la paix, mais une paix très particulière, très paradoxale, en rien comparable à celle d'Olmert. Sa conviction était qu'il n'y avait pas de solution au conflit vu l'absence de partenaire crédible et l'anarchie passionnelle et incontrôlable de la société palestinienne. Son calcul n'était pas une paix visant à une cohabitation entre Israéliens et Palestiniens en vue d'un "mariage", mais exactement l'inverse : en fait une "séparation de corps" d'abord, suivie à court terme par un "divorce".
Tel était le sens de son désengagement de Gaza, conçu comme une opération chirurgicale, non pour faire la paix quand on l'a prétendu mais pour préparer les frontières définitives d'Israël. L'élévation d'une barrière de sécurité devait préparer à ses yeux les futures frontières à l'Est d'Israël, tout en assurant l'étanchéité contre les infiltrations palestiniennes. A la veille de son attaque, il envisageait une troisième étape allant beaucoup plus loin dans la voie du divorce. Ainsi, il avait entamé une réflexion avec l'un de ses conseillers, le démographe della Pergola, pour préparer une nouvelle opération chirurgicale isolant une partie de la Galilée majoritairement arabo-palestinienne, compensée par quelques implantations regroupées autour de Jérusalem. Son but était de réduire au minimum la proportion d'Arabes dans la population israélienne car il craignait que la démographie galopante arabe ne modifie le caractère juif du pays. Avec cohérence, il avait également lancé une campagne tapageuse en faveur d'une aliyah de France ( ce qui avait provoqué quelques remous en chiraquie ). De plus, il a cherché à réduire l'immigration de travailleurs palestiniens au profit d'immigrants d'Asie.
Son "projet de paix" était cohérent mais il ne s'embarrassait d'aucune considération humaine, traumatisant gravement les pionniers de la bande de Gaza, et laissant croire cyniquement aux "idiots utiles" qu'il visait la paix. Il balayait les réticents du Likoud à sa politique, convertissait quelques tièdes par des avantages corrupteurs et "annexait" quelques "éléphants" de gauche comme Pérès.
Sharon était un stratège qui croyait malheureusement que la fin justifie les moyens.
Sa tragique attaque cérébrale a laissé le pouvoir à quelques comparses sans envergure, dirigé par Olmert, politicien obstiné et obtus, secondé par une Tzippi Livni, certes honnête et pleine de bonne volonté mais crédule, ou encore par un Shaoul Mofaz, embarrassé dans ses contradictions, le tout couronné par l'éternel intrigant, Shimon Pérès.
On le voit, son projet de paix était assez différent de celui qu'on nous propose aujourd'hui, qui est au contraire dans la ligne d'Oslo dans l'espoir illusoire d'une paix réelle avec les Palestiniens.
Comme il n'y a plus personne à la barre, cela a laissé les mains libres à une équipe de diplomates américains, des politiciens professionnels au savoir livresque qui tirent impunément et librement les ficelles de la politique israélienne, en vue des seuls intérêts américains et au mépris des intérêt israéliens.
C'est ainsi que Condie Rice a relancé à l'identique l'initiative de paix de Camp David II. Pour la repeindre à neuf, elle l'a rebaptisée d'un nouveau nom, Annapolis, un port touristique très "in", dans le Maryland, proche de Washington.
Le seul avantage d'Israël serait en contrepartie la reconnaissance d'Israël par la quasi-totalité du monde arabe, ce qui n'est pas négligeable certes, mais…
Oui mais les arabes exigent plus qu'une initiative de paix mais la reconnaissance immédiate de l'Etat palestinien, la totalité de Jérusalem Est et, semble-t-il, au moins une certaine part de réfugiés en Israël même.
Mais encore et surtout, la paix, oui, mais une paix de papier. Les questions sont nombreuses et inquiétantes. Des négociations secrètes sont en cours entre Abbas et le 'Hamas. Comment les terroristes palestiniens pourraient-ils être mis à la raison, et par qui ? Par l'armée d'opérette d'Abbas ? Et le Hezbollah ? Et les islamistes d'Al Qaïda déjà installés au Sinaï ? Est-ce la même paix que la parodie offerte par l'Egypte qui répand un antisémitisme virulent, emprisonne les Egyptiens prêts à travailler avec Israël, en mettant à l'index tous ceux qui, de près ou de loin, ont eu des relations avec Israël ?
Que vaut la paix avec des voisins palestiniens en pleine anarchie qui assassinent, violent, et volent impunément ? Que vaut la paix avec une Syrie qui assassine tous le opposants ? Où a-t-on vu des régimes dictatoriaux se transformer en démocratie et en Etat de droit ?
La paix que l'on nous propose est une sinistre parodie. Le projet de Sharon, aussi aventureux qu'il était, valait mieux que cette mascarade.
La vérité est que la classe politique israélienne est corrompue, déjudaïsée et dénuée de tout idéal juif, et que les pacifistes israéliens sont irresponsables et dangereux.
Pour Israël et pour eux-mêmes.