Je n'ai pas été récemment en Israël et je n'ai pas assisté aux diverses festivités du récent Jour de l'Indépendance. Mais je m'étais réjoui à l'avance à l'idée de vivre les événements en direct sur les télévisions européennes : les reportages, les documentaires, les débats qui ne manqueraient pas en cette occasion solennelle.
Pendant les deux-trois jours de célébrations, j'ai donc regardé les journaux télévisés et les principaux films annoncés. Je n'ai, bien entendu, pas tout vu. Les émissions des chaînes se superposent. J'ai vu ce que j'ai pu, en passant d'un programme à l'autre. Je crois que j'ai vu l'essentiel.
Du Yom hashoah, on a vu des passants se figeant au hurlement des sirènes. Du Yom haatsmaouth, on a vu quelques avions dans le ciel, les plages de Tel-Aviv et les saucisses grillées des barbecues, des plans d'officiels et d'Israéliens évoquant leur alyah. Quelques plans. Et, hélas, des évocations historiques.
Hélas ! Car j'ai assisté au Yom hanakba.
Heureusement, les ruines témoignent
Presque tout évoquait le triste sort passé et présent des Arabes palestiniens. Longuement. Avec les commentaires qu'on devine. Un documentaire a raconté la chute du quartier juif de Jérusalem en 1948, photographiée par deux photographes, un Américain et un Arabe palestinien, séparément. Le descendant de ce dernier a retrouvé dans les archives de Tsahal l'album volé à son père. Mais heureusement, les pierres racontent. Les ruines de la maison familiale, où il emmène de petits enfants, montrent ce qui a été fait aux Arabes palestiniens. Les terrains vagues, sablonneux et stériles, qui ont remplacé des jardins florissants arabes en témoignent aussi.
J'ai vu et entendu des Israéliens déplorant la politique de leur pays. Des médecins juifs d'une organisation israélo-palestinienne (des Juifs communient avec leurs ennemis pour dire "Palestiniens", ce qui accrédite l'idée que les "Palestiniens" sont a-priori, légitimement les Arabes et discrédite le fait que les Juifs sont ses fils légitimes, possédant sur la Palestine des titres plus légitimes que ceux des premiers). Donc, des médecins juifs viennent soigner des malades arabes. Heureusement qu' il y a des Juifs comme eux !
Dir Yassine...
J'ai vu et revu le Mur maudit. On nous l'a montré mille fois, des millions de fois, mais il paraît indispensable à certains, au Jour de l'indépendance, de rappeler qu'il coupe la vie et la terre des "Palestiniens" en morceaux. On les avait poussés à l'exode, voila qu'ils sont à nouveau en exode dans "leur" pays . Les barrages sont cause de leur chômage, de ruine économique, de disette. J'ai entendu Dir Yassine…
J'ai vu un documentaire-fiction franco-israélien sur l'intégration des Juifs éthiopiens. Ils croyaient que Jérusalem était le paradis. Mais un maître d'école découvre avec consternation que le petit Ethiopien n'est pas Falacha et porte une petite croix. On lui sert des nourritures qu'il ne connaît pas. On veut le circoncire de force. Incidemment (mais que vient faire cette séquence dans notre film ?) des soldats israéliens tabassent des Arabes lors des émeutes qu'ils appellent intifada. Le petit garçon falacha va étudier la médecine à Paris (il n'y aurait pas de faculté de médecine en Israël ?), se marie avec une ashkénaze qui n'est pas raciste comme son horrible père, devient un militant humanitaire, retourne en mission auprès de ses frères restés en Éthiopie et y retrouve son pays et sa mère.
Peuple-victime et peuple-bourreau
Que n'ai-je pas vu ! Tous les griefs, toutes les accusations qui nous sont martelés, inculqués, imposés quotidiennement par les médias étaient au rendez-vous. Et en ce jour solennel d'anniversaire, qui aurait dû être un jour différent, un jour de trêve.
1948 n'est plus l'année-phare où les Juifs se sont libérés de deux mille ans d'esclavage, mais l'année où commence l'esclavage du "peuple palestinien". Le devoir humanitaire n'est plus de protéger les Juifs et l'humanité des assassins du Fatah, du Hezbollah et du Hamas, mais de libérer les "Palestiniens" du joug du Mur qui éloigne les hommes-bombes et les égorgeurs de femmes et d'enfants juifs. Ce Mur handicape les mouvements des criminels. L'urgent, c'est de supprimer les barrages routiers qui rendent moins facile la libre entrée des kalachnikovs et des ceintures explosives, et menacent l'approvisionnement en essence des voitures des fedayin.
Comment a-t-on pu profaner aussi bassement le Yom hashoah et le Yom haatsmaouth et leur substituer le Yom hanakba ? On accorde du répit même aux condamnés. Même les galériens enchaînés à leurs rames avaient des moments de repos Mais pas Israël, pas les Juifs.
Comment en est-on arrivé à cette célébration permanente du Yom hanakba ? Comment interpréter cette unanimité des images, des thèses, plus annonciatrices de malheur que les résolutions iniques des organisations internationales, les menaces de l'Hitler iranien de rayer Israël de la carte ? On l'a rayé de la liste des pays qui ont droit aux égards dûs à tout le monde. Des sondages européens l'ont inscrit en tête de liste des pays qui menacent la paix du monde. On a fait du peuple-victime, le peuple-bourreau. Quelle victoire étonnante ont remporté les ennemis d'Israël, qui ont réussi à enchaîner les opinions publiques et les gouvernements aux distorsions et aux mensonges de leur propagande et fait du monde leur complice !
Qui gagnera la Guerre de Survie ?
Leur réécriture de l'histoire d'hier et d'aujourd'hui est en train de devenir l'histoire de demain. Les cerveaux sont pollués, les archives sont truquées. Et les négationnistes, les travestissements reçoivent l'aide active, enthousiaste, de foules, d'élites suicidaires dans l'Etat Juif. Des femmes israéliennes vont aux barrages pour empêcher les soldats de protéger leur pays. L'Etat d' Israël a gagné la Guerre d'Indépendance, le Guerre du Sinaï, la Guerre des Six-Jours, la Guerre de Kippour, les Guerres des Pierres et des Hommes-bombes. Mais les Israéliens ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en train de perdre leur Guerre de Survie.
Qui pourrait les sauver ? Il faudrait au moins une réincarnation réunissant en elle, miraculeusement, David Ben-Gourion, Dayan, Weizmann, Shamir, Begin et les Pérès, Rabin et Sharon d'avant leur conversion au traquenard d'Oslo. Ensemble, ils ouvriraient les yeux des Israéliens, et proclameraient au monde que, désormais, Israël se défendrait. Et, contrairement à quelques-uns des dirigeants récents, ils feraient ce qu'ils annonceraient. Ils rendraient les coups.
Depuis qu'il ne se défend plus, on ne respecte pas Israël. On respecte les affabulateurs, les massacreurs, les tortionnaires, les lapidateurs, les génocideurs, même si on leur adresse quelques remontrances.
"Un peuple qui se défend s'impose au respect de tous", a dit le roi Albert des Belges, lors de la guerre de 14-18.