Il faut en finir avec la langue de bois que les médias ont répandue sur cette guerre. A les en croire - la caricature est à peine forcée - la pauvre, innocente et petite Géorgie a sauvagement été attaquée militairement par le grand méchant ours russe qui tente de lui ravir de force l'Ossétie-Sud. Heureusement Sarkozy est intervenu en « sauveur » au nom de l'Europe qu'il préside pour arracher un cessez le feu et un retour à la situation antérieure. C'est ainsi que l'on écrit l'Histoire.
La vérité est hélas bien différente de cette légende. Et si on veut la trouver, il faut faire abstraction de la naturelle méfiance que nous, Juifs, ressentons envers la Russie qui arme la Syrie, soutient l'Iran et nous inquiète. Cela est une autre histoire que nous aborderons en son temps.
Pour ceux qui saisissent mal la place de l'Ossétie et de l' Abkhazie dans cet affrontement, rappelons, en quelques lignes, l'essentiel.
Les données de l'affrontement
L'Ossétie comme l'Abkhazie sont des territoires portant le nom de leurs ethnies d'origine, les Ossètes et les Abkhazes Les charcutages des frontières par l'Occident et l'URSS selon leurs intérêts propres et au mépris des identités ethniques et culturelles ont été la règle, et pas seulement dans le Caucase, nous le verrons par ailleurs.
Sachons simplement que l'Ossétie, passée sous la domination russe depuis 1774, a été divisée en deux par Staline selon la ligne de crête d'une montagne. Il annexa le nord et décida de rejeter le reste, le sud, en Géorgie, alors satellite et vassal de l'URSS. Le Nord mesure 8000 km² et possède environ 720 000 habitants, le Sud, 3900 km², a moins de 70.000 habitants. Ainsi, l'Ossétie-Nord fait partie de la fédération russe et le Sud en Géorgie alors qu'elle est composée d'un seul peuple et d'une seule culture.
Dès la fin de l'URSS, en 1990, le Sud, bien plus lié à la Russie et surtout à ses frères du Nord qu'à la Géorgie a fait sécession et l'a confirmée en 1994 et à nouveau, massivement, par référendum le 12 novembre 2006. La volonté de Saakachvili de reconquérir le Sud est de droit légale et de fait illégitime car telle n'est pas la volonté des Ossètes.
L'Abkhazie mesure 8600 km² et comporte moins de 250 000 habitants. Elle a également était attribuée souverainement par l'URSS à la Géorgie, mais la population veut être unie à la Fédération russe. Là encore, la volonté de Saakachvili de la reconquérir est de droit légale mais en fait illégitime.
Un modus vivendi avait été établi pour que ce très fragile équilibre soit conservé tel quel. Telle était la situation dans les derniers mois avant l'affrontement.
« L'aventure » géorgienne
Il faut ensuite restituer la vérité sur le Président Saakachvili que l'Occident encense tout simplement parce qu'il voudrait faire entrer la Géorgie dans l'Europe et dans l'Otan. Il est très loin d'être le démocrate ardent, libéral et moderne que l'on veut nous faire croire, il en est l'inverse. Il a pris le pouvoir par un putsch pour vider le Président Chevardnadze. Ce n'était déjà guère démocratique. Il l'a conservé de la manière la moins démocratique qui soit : en novembre 2007, il a remporté les législatives dans des élections passablement entachées d'irrégularités. L'opposition manifesta, alors. Mais il fit disperser la foule par les forces spéciales et prit d'assaut la télévision de l'opposition. Il instaura ensuite pendant neuf jours l'état d'urgence. Et, à la manière stalinienne ou palestinienne, il accusa cette opposition d'être la main de Moscou. Même Adam Michnik, de Solidarnosc, a du convenir après enquête que celui qui se fait appeler familièrement «Micha» se conduisait en «bureaucrate communiste». C'est le moins que l'on puisse dire.
A son habitude, Saakachvili agresse et se plaint en se faisant passer pour une victime innocente. Il a décidé souverainement, volontairement, délibérément d'attaquer militairement la Russie et de déclencher la guerre le jour même de l'inauguration des Jeux Olympiques. Son calcul vicieux et retors était de provoquer l'inévitable riposte de la Russie en espérant, malgré la disproportion ridicule des forces, tenir suffisamment de temps pour ameuter l'opinion internationale et en prenant pour otages les USA et l'Europe qui seraient bien obligés de le soutenir puisque c'est leur intérêt. Mais les Etats-Unis et l'Europe ne sont tout de même pas naïfs au point de faire ce cadeau à ce personnage en ouvrant un front contre la Russie. Pour eux, ni le personnage, ni l'Ossétie Sud ne valent la chandelle. Ils n'ont pas fait cela en 1939 pour la Tchécoslovaquie qui valait infiniment plus. En privé, Sarkozy a résumé en deux mots la situation de Saakachvili : « Il a joué, il a perdu ». Il faut ajouter : en cinq jours ! Il a reçu la raclée qu'il méritait mais que les Géorgiens ne méritaient sûrement pas.
Le nombre de morts se solde par milliers bien que Saakachvili mente effrontément pour minimiser les dégâts. Il a voulu faire le spectacle mais, malheureusement, au lever du rideau les morts se lèveront pas comme au théâtre. C'est pourquoi nous l'écrivons et nous persistons : c'est un criminel irresponsable. Il n'est pas à sa place et il ne doit pas y rester.
La Russie a eu la victoire modeste : elle s'est contentée d'exiger que la situation revienne à la condition initiale et que la Géorgie s'engage à ne plus attaquer les provinces contestées. Sarkozy n'a rien gagné par la négociation comme les médias le prétendent, il n'a obtenu que ce que les Russes demandaient et comme leurs exigences étaient mesurées et raisonnables il n'a intelligemment rien demandé de plus.
Le gâchis
Le bilan est catastrophique pour la Géorgie, pour l'Europe, pour les USA et pour Israël peut-être. Les dégâts sont considérables et, pour certains, irréversibles.
Seule la Russie est gagnante. L'Occident n'a cessé de l'humilier comme il l'avait fait hélas avec l'Allemagne vaincue en 1918, sans savoir à nouveau dominer sa victoire sur l'URSS. La Russie a relevé la tête. Elle a voulu montrer sa détermination de contrer l' avidité occidentale indécente de se saisir des dépouilles de l'Union soviétique. Mais sa victoire est aussi une grave défaite. L'impérialisme occidental est en passe de restaurer l'impérialisme russe que l'on espérait du passé. Poutine a été contraint de renouer avec son passé au Kremlin selon la règle soviétique de la politique de la force. En quelques courtes années il a dû changer son fusil d'épaule et contrer les USA et l'Europe en jouant aux échecs avec l'Iran, la Syrie et les islamistes qu'il déteste pourtant mais utilise s'il le faut.
La Géorgie a perdu. Saakachvili qui espérait prendre l'Ossétie-sud et l'Abkhazie, a probablement perdu à jamais ces provinces qui de toutes les façons ne voulaient pas de lui.
L'Europe devrait réfléchir sur l'aventurisme que nous avons dénoncé quand elle a volé le Kosovo à là Serbie. Ce sera un prêté pour un rendu : si l'Occident peut annexer au mépris des lois et de la justice le Kosovo pourquoi la Russie se gênerait-elle de faire de même avec l'Ossétie et l'Abkhazie ? L'Europe, pleine des promesses de ses admirables fondateurs, est devenue une Europe attrape-tout qui ambitionne de coloniser l'Europe centrale sous prétexte de l'intégrer mais en fait pour l'exploiter. Elle espère aussi faire de même avec les anciens pays colonisés du sud de la Méditerranée.
Les Etats Unis de leur côté ont raté le coche avec la Russie. L'URSS a perdu la bataille. Le principal acteur de ce bloc, la Russie, a été obligée de refaire sa copie. Elle a reconnu la supériorité économique du libéralisme et de la démocratie. Elle a tourné le dos à l'idéologie communiste et renoué très largement avec le christianisme orthodoxe. Les Russes sont devenus capitalistes et même, hélas, affairistes. En une quinzaine d'années, la Russie a rattrapé une grande partie de son retard. Elle a tenté avec modestie de transformer l'antagonisme USA-Russie en partenariat et de devenir des voisins pacifiques de l'Occident et des Etats-Unis.
Mais le bloc militaro-industriel américain, malgré les timides tentatives de Bush pour une cohabitation pacifique, ne l' entendait pas de cette oreille. Il a voulu parfaire la défaite russe et rafler à son profit toute la mise. Il a choisi de soutenir une «tête brûlée», Saakachvili pour s'ouvrir la route du Caucase et de l'or noir de Bakou. et pour repousser la Russie, avec les Baltes, les Polonais et les Ukrainiens, loin vers l'Est et les steppes d'Asie.
Bref l'Occident insatiable a voulu rafler par deux fois le gros lot, l'un économique, l'autre militaire : l'Europe plus qu'élargie et l'Otan.
Quant aux Israéliens... Qu'allaient-ils donc faire dans cette galère ? Avaient-ils besoin de chatouiller les Russes en formant l'armée géorgienne et en lui vendant des armes, des drones et en remettant en état ses avions ?
La vérité est terrible : le fric ! Il s'est créé en Israël un mini complexe militaro-industriel ou des anciens de Tsahal, et non des moindres, ont décidé d'exploiter à leurs fins leur immense savoir militaire. Ils se sont acoquiné à quelques hommes politiques corruptibles, qui ne sont hélas que trop nombreux à la Knesset.
Certes, dès le déclenchement de la guerre; Israël a pris prudemment ses distances. Trop peu et trop tard. L'ours russe a aussi une mémoire d'éléphant. Mais que pouvait-on attendre avec nos pitoyables dirigeants ?
Notre conclusion est double.
En cinq jours, la Géorgie a perdu une guerre comme Israël l'avait gagnée en six jours. Mais les cicatrices en seront aussi longues à guérir. Le gâchis est certain, durable, et le résultat incertain.
Quant à l'Etat d'Israël, il a certainement le droit d'avoir des relations avec tous les pays du monde sauf avec ceux qui veulent nous détruire. Mais nous n'avons à être ni les serviteurs de l'Europe, ni des USA, ni de la Russie, ni des Arabes ni, demain, de l'Asie ou de qui que ce soit.
La pérennité d'Israël ne dépendra pas que de sa force militaire mais aussi et peut-être avant tout de ses valeurs, et aux premières d'entre elles ; le respect de sa différence et le refus d'être « comme tout le monde », la recherche de la vérité et de la justice.
Inutile de mentionner la paix : car la paix n'est-elle pas le fruit de la justice et de la vérité ?