« Nous ne craignons pas une islamisation de la Turquie. A l’époque de l’empire ottoman, le sultan était bon avec les Juifs, aussi nous ne craignons pas pour la vie des Juifs de l’Etat, » a affirmé mardi le président de la communauté juive d’Istanbul, Sylvio Ovadia.
Dans une interview accordée à Ynet, le site Internet du quotidien Yédiot Aharonot, Sylvio Ovadia n’avait pas particulièrement l’air inquiet de la nouvelle victoire en Turquie du Parti de la justice et du développement (AKP), un parti islamiste dirigé par le Premier ministre turc Tayyip Erdogan. « La Turquie n’est pas l’Iran. Il y a certes des communautés religieuses, mais ce n’est pas la même chose. Elles sont plus modernes qu’en Iran et contrairement à l’Iran, le secteur laïc en Turquie est puissant. »
« Par ailleurs, le parti du pouvoir d’Erdogan, AKP, ne s’imagine pas être si fort qu’il puisse changer l’ordre interne en Turquie. D’ailleurs, contrairement à l’Iran, nous n’avons pas de pétrole ou de gaz, aussi sommes-nous dépendants des autres pays et nous sommes donc beaucoup plus vulnérables. Il convient de rappeler que le peuple turc est avant tout turc, pas comme le peuple iranien qui est avant tout musulman et seulement après iranien. Il y a ici par exemple des femmes au visage couvert qui ont voté pour le parti laïc, CHP. La religion est principalement entre les gens et eux-mêmes et non entre eux et l’Etat, » ajoute Ovadia.
Environ 23.000 Juifs vivent en Turquie. 20.000 d’entre eux résident à Istanbul et d’après Ovadia, la situation de la communauté est bonne et stable. « Nous avons de très bonnes relations avec le gouvernement et les institutions de l’Etat. Cependant, nous sommes également très proches du consulat et de l’ambassade d’Israël, nous fêtons avec eux les fêtes juives. Parallèlement, nous envoyons des jeunes étudier dans les universités d’Israël ou en Yéshiva et participer aux jeux de la Maccabia en Israël et en Europe. »
Toutefois, pour visiter la synagogue d’Istanbul, il faut passer une vérification de sécurité. Quant à l’antisémitisme, Ovadia affirme : « Il y a des articles antisémites dans la presse radicale, mais j’ai l’habitude de distinguer entre ces articles et la vie quotidienne. Il s’agit de médias essayant de camoufler l’antisémitisme et de le présenter comme s’il s’agissait d’une critique légitime d’Israël et ses opérations contre les Palestiniens. Mais lorsque le titre est ‘‘Le Juif a faim de sang’’, il est parfaitement clair qu’on a affaire à un article complètement antisémite. En tout cas, la situation n’est pas différente de celle qui prévaut dans le reste des pays européens. S’il y a la paix en Israël et nous voulons qu’il y ait la paix, cela aura des retombées sur la situation de l’antisémitisme, qui diminuera, et également sur toute la situation au Proche-Orient. »