L’événement est suffisamment symbolique pour que l’on s’y arrête : un Séfer Thora a fait son entrée dans l’un des bastions du laïcisme israélien : « Reshout Hashidour » (L’Office National de Radiodiffusion). Après 40 ans d’existence dans le quartier de Romema (Jérusalem), le bâtiment légendaire depuis lequel sont diffusées quotidiennement les fameuses « H’adashot » (nouvelles), s’est désormais enrichi de la présence d’un Séfer Thora. Le symbolisme atteint son comble lorsque l’on sait que ce « temple » de l’information, qui est tant décrié (à juste titre) pour sa partialité anti-religieuse et gauchisante, se situe dans la rue… « Thora Mitzion » !!! Cela ne s’invente pas !
Des dizaines de personnes, rabbanim, journalistes, employés de l’Office, amis et curieux, se pressaient hier pour assister à l’intronisation de ces rouleaux, et danser en signe de joie et de reconnaissance. Autour de Motti Shklar, président de l’Office National de radiodiffusion, se trouvaient entre autres, le vice-premier ministre et ministre de l’Industrie et du Commerce, Elie Ishaï (Shass), le président du Mafdal, Zevouloun Orlev, les rabbanim David Batsri, Dov Bigon, Yossef Ba-Gad et Shalom Haroush. Le héros de cette cérémonie émouvante autant qu’insolite, a été sans conteste Ouri Revah’, journaliste de longue date à la radio et la télévision, et qui a fait techouva il y a sept ans. Il a depuis, transformé son bureau en synagogue provisoire. C’est lui qui a eu l’honneur d’amener le Séfer Thora, gracieusement prêté par le Rav Tzion Peretz, propriétaire d’un magasin d’articles religieux en ville.
C’est accompagnée de musique, de chants, de danses, et escortée par les fameux scooters de l’organisation « Hatzolah », que la procession s’est rendue depuis la rue jusqu’à l’arche, qui renfermera les rouleaux sacrés.
Le ministre Elie Ishaï a félicité Motti Shklar, « qui depuis son entrée en fonction, a réussi à amener un peu de Thora dans ce lieu, et maintenant, un Séfer Thora ! » Zevouloun Orlev a relevé que « l’Office de Radiodiffusion a toujours été perçue comme un bastion du laïcisme militant, et qu’il faudra encore beaucoup de luttes pour qu’elle diffuse une information authentiquement juive. L’apport d’un Séfer Thora n’est pas uniquement un fait divers, il aura une influence sur tout ce qui s’y passe. »
Motti Shklar, premier PDG de l’Office portant kippa, a tenu a rappeler « combien le lien du peuple israélien avec la Thora et l’identité juive, a évolué depuis 40 ans. Et comme l’Office de Radiodiffusion doit traduire l’identité collective, il est normal qu’il évolue également, et ce Séfer Thora en est un bel exemple. »
Répondant à la question « Y a-t-il eu des oppositions ? », il dira : « Regardez comment tout le monde danse ! »
Prenant ensuite la parole, le Rav et ancien député Yossef Ba-Gad établissait un lien intéressant entre deux événements hautement symboliques : « De même qu’il y un mois, les H’assidim de Satmar ont inauguré un nouveau quartier sur les ruines de l’ancien cinéma « Edison », ainsi aujourd’hui, avec ce Séfer Thora, nous plantons un drapeau dans un haut lieu traditionnel de la laïcité »
Enfin, Ouri Revah’, saluant la présence de religieux comme de non religieux, résumait le symbole de l’événement : « Nous avons tenu la cérémonie justement dans la salle « Nakdi », dans laquelle se tournent l’émission ‘ Politika ‘ et d’autres programmes à sensation, et emplis de médisance. Espérons que la présence de ces rouleaux apportera un peu plus de Thora dans ces lieux. »
Ce fait marquant est symptomatique d’une lente mais constante évolution qui s’opère dans la société israélienne. Elle est présente au sein de l’armée, comme nous l’avons déjà noté. Mais elle est également perceptible dans le monde de l’information radio- ou télédiffusées.
Elle n’est peut-être pas si loin que cela, l’époque où l’on se souviendra, sans nostalgie, d’une confrérie monolithique de journalistes éloignés de toute identité juive et nationale.