Non, le Messie n’est pas encore là…mais il n’est pas loin ! La preuve ? Ce qui était inimaginable hier est là aujourd’hui ! Parmi les nombreux signes qui montrent l’évolution rapide de la société israélienne, il faut saluer la décision d’un certain nombre de kibboutzim de cachériser leurs cuisines « la-mehadrin », afin de pouvoir accueillir les touristes orthodoxes.
Pendant des décennies, les kibboutzim, fruits de la pensée utopique socialiste, étaient à des années lumières de tout ce qui pouvait être religieux. A part une dizaine de villages appartenant au Kibbouts Hadati ou au Poaléi Agoudat Israël, les plusieurs centaines de kibboutzim, se caractérisaient par l’absence de cacherout, un laïcisme affirmé, une licence des mœurs, un nombre impressionnant de mariages mixtes dû à la présence de nombreux volontaires non-juif(ve)s etc..
N’oublions pas non plus, que la sociologie des Kibboutzim s’est traduite également dans représentation politique et militaire des premières décennies de l’Etat, à travers un parti Travailliste omnipotent, mais aussi par certaine ténors de « l’anti-cléricalisme » d’un part comme Merets, avec Ran Cohen, Avshalom Vilan ou Haïm Oron, parfaits rejetons de l’idéologie kibboutzique laïque.
Depuis un certain nombre d’années, certains kibboutzim avaient déjà abordé un léger tournant, en installant, ici une synagogue, là une cuisine cachère, ou certains rites…se rapprochant du Judaïsme, mais plutôt « à usage interne ».
« Intérêt et principal », comme le disait La Fontaine, la crise économique structurelle que connaît le monde des kibboutzim depuis un certain temps, a poussé ses dirigeants à imaginer de nouvelles sources de revenus, et le tourisme religieux n’en n’est pas la moindre.
Le phénomène des « tsimerim » (gîtes ruraux) dans des localités du nord du pays, attire chaque année de plus en plus de touristes religieux, et les kibboutzim ont décidé de ne pas être en reste face à cette manne financière. Depuis quelques années, 22 kibboutzim ont ainsi décidé de cachériser entièrement les installations des cuisines, et de proposer tous les services utiles au « tourisme religieux ».
« Il y a quelques années, qui aurait pu croire qu’un religieux pourrait manger dans le même réfectoire que les membres d’un kibboutz, et aller à la synagogue ? C’est vraiment une nouvelle ère qui s’ouvre ! », s’exclame un touriste enchanté, de Kiryat Shemouel.
Certains kibboutzim ont décidé de faire encore un pas supplémentaire, en attirant le tourisme orthodoxe. Au Kibboutz Haon, par exemple, les touristes h’arédim constituent déjà le tiers de la clientèle à Souccot ou Pessah’.
Pour Aviv Leshem, membre dirigeant du Mouvement des Kibboutzim, « le Kibboutz 2007 doit s’adapter à la réalité sociologique du pays. Il est plus ouvert qu’avant à ce qui l’entoure, même si l’élément commercial reste un point important. »
Chez les membres les plus anciens - et les plus idéologisés - des kibboutzim, on a encore un peu de mal à digérer ce changement de cap, et d’accepter le fait que tout aliment qui entre dans le réfectoire doit être muni de certificat de cacherout ! De même, la présence nombreuse de touristes à kippa, chapeaux, redingotes et tsitsiot, ne fait pas partie du paysage local traditionnel du Kibboutz.
Mais l’essentiel est ailleurs. Ce qui se joue ici, c’est la rencontre qui va s’effectuer entre deux mondes qui s’ignoraient jusqu’à présent, et pour le dire franchement, se méprisaient.
La coexistence, ne fusse que pour une période de vacances, entre ces milieux si différents, ne peut qu’être bénéfique pour chacun, et au-delà, pour la santé de toute la société israélienne.
Cette proximité va forcément engendrer des rencontres, des discussions, de échanges qui feront sûrement tomber bien des barrières.
Il est bon que les orthodoxes ne voient plus les « kibboutsnikim » uniquement comme des « mangeurs de porc » et des « ennemis invétérés du Judaïsme », de même qu’il est grand temps que les membres de cette société parfois trop élitiste et fermée, cessent de considérer les « hommes en noir » comme des « parasites » ou des « obscurantistes moyenâgeux »
L’argent ne fait pas le bonheur, certes, mais il peut parfois être un vecteur de grandes choses…