Tout le monde se rappelle le choc qu’avait constitué l’annonce des accords d’Oslo, concoctés en Norvège dans le plus grand secret, alors qu’officiellement, le processus politique était au point mort. Des accords bien ficelés, dont on ne livrait que le résultat final, assortis d’un processus accompagné par la communauté internationale, mais sur lequel personne n’aurait bientôt plus aucun contrôle.
On se rappelle aussi, hélas, le fiasco qui s’en suivit, prévu par certains, dénié par la plupart, jusqu’à ce que les faits, de couleur rouge sang, décillent les yeux d’une partie des naïfs. L’extrême gravité de ces accords résidait surtout dans le fait qu’ils liaient - en tout cas pour la démocratie israélienne - les gouvernements suivants. Toute la politique suivie à partir de 1996 par Binyamin Netanyahou, avait été, selon lui, de limiter les dégâts dans l’application des clauses de ces « accords belligènes » pour reprendre une expression de Frédéric Encel.
Il semble qu’un scénario similaire soit en train de se dérouler entre Ehoud Olmert et Abou Mazen, dans un quasi silence, à nouveau, mais par contre, dans un silence et une inertie totale de la population et des partis d’opposition, comme endormis par le ronron des rencontres successives entre les deux dirigeants que beaucoup se plaisent à décrire comme « faibles, sans légitimité populaire, et en fin de parcours politique ». Oui, mais voilà…L’exemple édifiant d’Ehoud Barak et de Clinton à Camp David, ne montre-t-il pas que des hommes politiques se sachant « en fin de course », peuvent vouloir tenter à tout prix de se faire une place dans l’Histoire, en signant des actes qui engagent gravement l’avenir, dans une attitude « d’après moi le déluge » ?
L’instauration des rencontres bi mensuelles entre Olmert et Abou Mazen n’avait entraîné en coulisse que des ricanements amusés. Que peuvent-ils bien décider ? Ce sont des rencontres de pure forme ! Il faut bien faire plaisir aux Américains et montrer que les choses bougent !
Le réveil risque d’être, une nouvelle fois, très dur, mais avec les circonstances atténuantes en moins. Si du côté israélien, c’est le black-out total, les bribes d’informations qui filtrent depuis la partie palestinienne ne sont pas de bon augure du tout.
En prévision de la grande « conférence internationale de paix » du mois de novembre, le Premier ministre, Ehoud Olmert, aurait présenté à Abou Mazen, un « plan d’accord de principe » allant presque aussi loin que tout ce qu’avait promis Barak à Arafat : un Etat palestinien « désarmé », sur les bases des lignes de 1967, d’une superficie de 6250 m2, soit pratiquement toute la Judée-Samarie et la Bande de Gaza. Des légères modification de frontières seraient envisageables, en fonction des rares localités juives qui resteraient, et les Palestiniens obtiendraient en contre partie, des territoires dans d’autres régions. Un passage serait créé pour relier la Bande de Gaza à la Judée – Samarie, et qui serait sous souveraineté israélienne mais sous contrôle palestinien. Jérusalem serait à nouveau divisée, les quartiers à population arabe passant sous souveraineté palestinienne, et le statut des « lieux saints » n’étant pas encore défini avec précision. Par contre, la question des « réfugiés » n’a pas été incluse par Olmert, ce qui a entraîné une vive opposition d’Abou Mazen !! Forcément, une telle générosité ne peut entraîner dans la mentalité arabe qu’un surcroît d’appétit !
Abou Mazen et l’équipe palestinienne qui l’entoure, exigent beaucoup plus qu’une simple « déclaration d’intentions », même si pour Israël, cette dernière représente un précédent très dangereux. Lors de plusieurs interventions, le chef de l’autorité palestinienne a déclaré vouloir maintenant « un plan d’action et un calendrier précis sur l’établissement de l’Etat palestinien, les différents retraits israéliens, le démantèlement des localités juives, et le retour des réfugiés » !! Et au dessert, ça sera quoi ?!
Le scénario des semaines à venir est connu : plus la date de la conférence de Washington approchera, plus les pressions palestiniennes - et internationales - sur Israël se feront lourdes.
Même si, tant du côté israélien que du côté palestinien, on n’entretient pas un espoir démesuré dans cette rencontre internationale, la stratégie palestinienne, qui se calcule sur les années est claire, et elle semble réussir : imposer lentement ses objectifs à moyen terme dans les consciences et les chancelleries, afin que toute négociation se fasse sur ces bases, et surtout, que tout gouvernement israélien futur, soit lié par ces exigences palestiniennes.
C’est ainsi qu’en à peine quinze ans, l’éthos politique israélien est passé d’un « refus total de reconnaître l’OLP, organisation terroriste et de traiter avec elle », à la préparation d’un Etat palestinien à nos portes (en collaboration avec notre « cher partenaire modéré Abou Mazen »), avec une partie de Jérusalem comme capitale, et l’expulsion programmée de dizaines de milliers de Juifs du sol ancestral. Et pendant toute cette période, ni l’incitation à la haine, ni la violence, ni le duperies, ni les objectifs à long terme des Palestiniens, n’ont été modifiés, si ce n’est dans l’aggravation.
Le vide idéologique qui règne en Israël, et la fatigue qui s’est installée dans la population, constituent les meilleurs alliés objectifs des Palestiniens, qui savent mieux qui quiconque lire notre société en perte de valeurs et de pulsion de survie.
Que faut-il souhaiter pour que le réveil fasse le moins mal possible ?