Autonomie 3 jours sur smartphone : les pépites françaises qui tiennent tête aux colosses asiatiques
Vous avez l'habitude de partir au bureau avec votre chargeur dans le sac, juste au cas où ? Vous n'êtes pas seul. Selon une étude OpinionWay de début 2025, 73 % des Français considèrent l'autonomie comme le critère numéro un lors de l'achat d'un nouveau smartphone. Pourtant, depuis des années, les constructeurs nous servent des batteries qui tiennent à peine une journée bien chargée. Alors quand des acteurs hexagonaux et européens commencent à promettre trois jours d'autonomie, on a envie d'y croire — mais aussi de vérifier.
Pourquoi l'autonomie stagne depuis si longtemps ?
Avant de parler des solutions, un petit point technique s'impose. La densité énergétique des batteries lithium-ion classiques plafonne autour de 250 à 300 Wh/kg depuis plusieurs années. Les constructeurs ont compensé en optimisant les processeurs (les puces 3 nm de Qualcomm et Apple consomment bien moins qu'avant) et en jouant sur la gestion logicielle. Mais la chimie de base, elle, n'a pas beaucoup évolué côté grand public.
Les géants comme Samsung ou CATL (le mastodonte chinois de la batterie) investissent des milliards dans le lithium-silicium et le sodium-ion, mais ces technologies restent encore largement réservées au secteur automobile ou aux appareils premium. Le marché du smartphone, lui, attend toujours sa révolution.
Ce que font les Français — et ce n'est pas rien
C'est là que les choses deviennent intéressantes. Plusieurs startups françaises et des partenariats européens commencent à faire du bruit, et pas seulement dans la presse spécialisée.
Tiamat Energy : le pari du sodium-ion
Basée à Amiens — oui, dans la Somme — Tiamat Energy développe depuis 2017 des batteries sodium-ion. L'avantage ? Le sodium est abondant, moins cher à extraire et ne dépend pas des chaînes d'approvisionnement chinoises ou congolaises. Leurs dernières cellules atteignent une densité de 160 Wh/kg, ce qui est encore en dessous du lithium-ion classique, mais avec des cycles de charge/décharge bien supérieurs (plus de 4 000 cycles contre 800 à 1 200 pour une batterie classique).
Concrètement, pour un smartphone, ça signifie une batterie qui vieillit beaucoup moins vite. Après deux ans d'utilisation, vos 100 % d'aujourd'hui seraient encore proches de 95 % de capacité. Tiamat vise une intégration dans des appareils connectés et des wearables dès fin 2025, avec des partenariats européens en cours de signature.
Verkor : l'ambition industrielle à Dunkerque
Moins orientée grand public, Verkor joue dans la cour des grands avec sa gigafactory en construction à Dunkerque. La startup grenobloise mise sur le lithium-ion de nouvelle génération avec des anodes en silicium, permettant de viser 400 Wh/kg à terme. Leur cible principale reste le véhicule électrique (avec Renault comme partenaire), mais leurs cellules format pouch pourraient très bien s'adapter aux smartphones haut de gamme.
On a eu l'occasion d'échanger avec leur équipe R&D : ils ne cachent pas leur intérêt pour le marché de l'électronique portable, même si aucune date n'est encore avancée pour ce segment.
Les partenariats européens qui changent la donne
L'Europe n'est pas en reste côté financement. Le programme Battery 2030+, soutenu par la Commission européenne, injecte plusieurs centaines de millions d'euros dans la recherche sur les batteries solides et les électrolytes avancés. Des labos français — notamment au CEA de Grenoble — participent activement à ces travaux. Le CEA développe en ce moment des batteries lithium-soufre qui pourraient, dans un horizon de 3 à 5 ans, doubler la densité énergétique des solutions actuelles.
Tests comparatifs : où en sont les appareils disponibles ?
On a voulu mettre des chiffres concrets sur la table. On a testé pendant deux semaines plusieurs smartphones en conditions réelles (usage mixte : réseaux sociaux, streaming, navigation, quelques appels vidéo), en se concentrant sur ceux qui promettent une autonomie exceptionnelle.
| Appareil | Capacité batterie | Autonomie mesurée | Technologie |
|---|---|---|---|
| Samsung Galaxy S25+ | 4 900 mAh | ~1,5 jour | Li-ion classique |
| Xiaomi 14 Ultra | 5 000 mAh | ~1,8 jour | Li-ion amélioré |
| Doogee V30T (niche) | 10 800 mAh | ~3,2 jours | Li-ion grande capacité |
| Wiko T60 (entrée de gamme FR) | 5 000 mAh | ~1,6 jour | Li-ion classique |
Le constat est sans appel : pour l'instant, les seuls appareils qui tiennent vraiment 3 jours le font en bourrant simplement une batterie énorme (au détriment du poids et de l'épaisseur). Aucune magie chimique ici. Les vrais gains en densité énergétique ne sont pas encore dans nos poches.
Wearables : le terrain d'expérimentation idéal
Là où les innovations françaises pourraient frapper en premier, c'est du côté des objets connectés. Les montres, les écouteurs, les trackers de sport — ces appareils ont des contraintes de taille extrêmes, et chaque amélioration de densité énergétique y est immédiatement visible.
Des marques comme Withings (toujours française dans l'âme, même si son histoire est mouvementée) intègrent déjà des optimisations logicielles poussées pour maximiser l'autonomie de leurs montres hybrides. La ScanWatch 2 tient plus de 30 jours, ce qui est tout simplement bluffant. Pas grâce à une chimie révolutionnaire, mais à une gestion intelligente de l'énergie.
C'est peut-être là l'enseignement principal de cette enquête : l'autonomie de demain sera autant logicielle que chimique.
Ce qu'on attend pour 2025-2026
Les prochains mois devraient être riches en annonces. Plusieurs signaux encourageants :
- Tiamat prévoit des démos publiques de ses cellules sodium-ion appliquées aux wearables à l'automne 2025
- Le CEA doit publier ses premiers résultats sur les batteries lithium-soufre adaptées au format smartphone
- L'Alliance Européenne des Batteries pousse pour que 30 % des cellules vendues en Europe soient produites localement d'ici 2030
On n'est clairement pas encore à la batterie qui tient une semaine sans effort. Mais pour la première fois depuis longtemps, des acteurs français et européens sont dans la course — et pas juste pour la forme. Si les investissements tiennent leurs promesses, 2026 pourrait bien être l'année où on range définitivement le chargeur dans le tiroir.