Google Photos, Amazon Photos, Proton Drive : le grand mythe du stockage « illimité » qu'on a démonté pour vous
Il y a des mots qui font rêver dans la tech. « Gratuit », bien sûr. Et « illimité », encore plus. Quand un service cloud vous promet de stocker toutes vos photos, vidéos et fichiers sans jamais vous demander de compter les gigaoctets, c'est difficile de résister. Sauf que, dans les faits, « illimité » est devenu l'un des termes les plus creux du secteur numérique. On a passé plusieurs semaines à décortiquer les conditions réelles de Google Photos, Amazon Photos et Proton Drive pour voir ce qui se cache derrière la promesse marketing. Et franchement, c'est instructif.
Google Photos : l'illimité qui a disparu en douce
Commençons par le plus connu. Google Photos a longtemps été la référence absolue du stockage photo gratuit. Jusqu'en juin 2021, vous pouviez y balancer toutes vos images en « haute qualité » (comprendre : légèrement compressées) sans jamais atteindre de plafond. Cette époque est bel et bien révolue.
Aujourd'hui, chaque photo ou vidéo que vous uploadez mange dans votre quota de 15 Go partagé entre Gmail, Drive et Photos. Quinze gigaoctets, c'est vite rempli quand on photographie en RAW ou qu'on filme en 4K. Et là, Google vous oriente naturellement vers Google One, son abonnement payant : 2,99 €/mois pour 100 Go, 3,99 €/mois pour 200 Go, jusqu'à 9,99 €/mois pour 2 To.
Mais ce n'est pas tout. Même avec un abonnement Google One, des subtilités persistent. Les vidéos en 4K sont stockées mais leur lecture peut être dégradée selon votre connexion. Les fichiers RAW sont bien préservés, mais l'algorithme de Google peut les recompresser si vous utilisez l'option « Économiseur de stockage » sans le réaliser. Ce paramètre, souvent activé par défaut sur Android, est l'une des premières choses à vérifier dans vos réglages.
Amazon Photos : l'illimité conditionnel que peu de gens connaissent
Amazon Photos joue dans une autre catégorie. Si vous êtes abonné Amazon Prime (environ 69,90 €/an en France), vous avez droit à un stockage photo vraiment illimité. Pas de compression, pas de plafond annoncé pour les images JPEG, PNG, HEIC et même RAW. C'est l'une des meilleures offres du marché pour les photographes amateurs ou semi-pros.
Sauf que — parce qu'il y a toujours un « sauf que » — cette générosité a ses propres limites. D'abord, les vidéos ne sont pas incluses dans le stockage illimité. Vous n'avez droit qu'à 5 Go pour vos fichiers vidéo, après quoi il faut payer. Pour 100 Go supplémentaires, comptez 1,99 €/mois.
Ensuite, il y a la question de la pérennité. Amazon a déjà supprimé ou modifié des avantages Prime par le passé. Rien ne garantit que le stockage illimité restera une composante de l'abonnement dans deux ou trois ans. Plusieurs utilisateurs américains ont d'ailleurs signalé des ralentissements lors des uploads massifs — Amazon throttle (ralentit) les transferts au-delà d'un certain volume quotidien, une pratique que la firme de Seattle ne communique pas officiellement.
Enfin, les conditions d'utilisation d'Amazon précisent que les fichiers peuvent être analysés à des fins d'amélioration des services. Si la confidentialité est une priorité pour vous, ça mérite réflexion.
Proton Drive : l'illimité payant, mais vraiment privé ?
Proton Drive, le service suisse de la société derrière ProtonMail, se positionne différemment. Ici, pas de promesse d'illimité gratuit — la version free vous offre 1 Go, ce qui est franchement symbolique. En revanche, les offres payantes (à partir de 3,99 €/mois pour le plan Proton Mail Plus avec 15 Go, jusqu'à 9,99 €/mois pour Proton Unlimited avec 500 Go) mettent en avant le chiffrement de bout en bout et l'absence de scan de vos données.
Mais là aussi, des nuances s'imposent. Le « stockage illimité » n'existe pas chez Proton — ce que la marque vend, c'est de la transparence et de la confidentialité, pas de l'infinité. Les 500 Go du plan Unlimited peuvent sembler généreux, mais si vous gérez des bibliothèques photo en RAW ou des archives vidéo familiales, vous pouvez atteindre cette limite plus vite que prévu.
Autre point rarement mentionné : la synchronisation et la vitesse d'upload de Proton Drive restent inférieures à celles de Google Drive ou iCloud, notamment sur l'application mobile. Pour des usages intensifs, c'est un vrai frein au quotidien.
Les pratiques que personne ne met en avant
Au-delà des chiffres, il y a des comportements systémiques que ces trois services partagent et qui méritent d'être nommés clairement.
La compression silencieuse : Google et, dans une moindre mesure, Amazon peuvent réduire la qualité de vos fichiers selon le mode de stockage sélectionné. Vérifiez toujours dans quelles conditions vos photos sont réellement sauvegardées.
Le verrouillage des données : exporter l'intégralité de votre bibliothèque Google Photos vers un autre service est techniquement possible via Google Takeout, mais l'opération peut prendre des heures, voire des jours pour des volumes importants. On ne vous facilite pas la sortie.
Les ralentissements non documentés : plusieurs utilisateurs sur les forums Reddit francophones et les groupes Facebook dédiés à la photo rapportent des throttlings lors d'uploads massifs, aussi bien chez Amazon que chez Google. Aucune des deux entreprises ne publie de politique officielle à ce sujet.
Les changements de CGU : Amazon et Google ont tous les deux modifié leurs conditions de stockage de manière significative ces dernières années. Rien ne vous protège d'une nouvelle évolution, sauf une sauvegarde locale régulière.
Alors, que faire concrètement ?
La règle d'or reste la même qu'avant le cloud : ne jamais dépendre d'un seul service pour vos données importantes. Voici quelques réflexes simples à adopter :
- Combinez les services : utilisez Amazon Photos pour vos photos (si vous avez Prime) et un autre outil pour vos vidéos.
- Gardez une copie locale : un disque dur externe de 2 To coûte moins de 60 € aujourd'hui. C'est votre filet de sécurité ultime.
- Lisez les petits caractères : avant de vous abonner, cherchez les limites de bande passante, les politiques de compression et les clauses de modification des CGU.
- Testez les exports : une fois par an, essayez d'exporter une partie de vos données pour vérifier que vous pouvez vraiment récupérer vos fichiers facilement.
Le cloud, c'est pratique. Mais « illimité » et « gratuit » sont deux mots qui, dans le secteur tech, cachent presque toujours une réalité plus complexe. La prochaine fois qu'un service vous promet l'infini, prenez le temps de chercher la ligne en petits caractères — elle existe toujours.